Ô rage, ô désespoir, ô capitalisme ennemi ! 
Après son émouvant “ Moi, Daniel Blake” et son cri du coeur strident contre la tyrannie de l’administration et la bêtise de la bureaucratie, le réalisateur britannique Ken Loach nous revient avec un véritable dégueuloir contre l’exploitation massive du capitalisme.

Cet humaniste et ce militant de gauche  – si, si, ça existe encore, je veux parler des vrais –  ne cache pas son mépris et son dégout pour certains patrons qui ne pensent qu’à faire un maximum de profits sur le dos de leurs salariés ou employés quitte à les faire crever, sans se soucier le moins du monde de leur vie familiale, qu’ils n’ont pratiquement plus, et même de leur vie tout court qui peut d’ailleurs être fatalement raccourcie par les rythmes stakhanovistes qu’ils leur font subir.

“Sorry We Missed you” est, pourquoi le cacher ?, un film-tract, un film-meeting, un film-réquisitoire contre tout ce que le néo-capitalisme “moderne”, joliment et hypocritement  appelé “libéralisme”, comporte comme déviances et comme folies. Certains pourraient reprocher à Ken Loach d’avantager le message sur l’image, le propos sur le cadre, bref, faire plus de social que de cinéma. Et alors ?

D’abord, il n’est pas le seul, sauf que lui ne s’en cache pas ou plutôt, lui, n’en fait pas un fonds de commerce, comme certains cinéastes qui, à force de vouloir soi-disant défendre les pauvres, la veuve et l’orphelin, finissent par faire un cinéma misérable et démagogique qui ne plait ni aux pauvres, ni à la veuve, ni à l’orphelin, ni encore moins à ceux qui les exploitent honteusement.“Sorry We Missed you” a choisi un angle d’attaque relativement simple et de grande actualité : l’Uberisation progressive des sociétés occidentales, et sans doute bientôt, les sociétés qui leur sont soumises. 

Quel est le Pitch ? Un couple se bat comme pas possible pour gagner de quoi nourrir et éduquer ses deux enfants, et se débat à longueur de journée et parfois de nuit pour passer outre tous les problèmes et obstacles qui les empêchent d’arriver à leurs objectifs. 

Le film est dur, violent, horrible. La construction dramatique est tellement forte et tellement crédible qu’elle en devient presque caricaturale. Parfois, nous frisons le mélo-drame pathétique et le manichéisme absolu, mais c’est tellement bien écrit, tellement bien joué et tellement bien filmé, qu’à la fin du film, on n’a qu’une seule envie, c’est de se lever et de sortir dans la rue pour tabasser ces “salauds” de capitalistes et caillasser leurs saloperies d’entreprises avilissantes. 

Ken Loach n’a-t-il pas dit un jour : « Je cherche à faire surgir la colère du public ». Et bien, avec ce nouveau film, il y arrive. La preuve. Cependant, ce qui nous calme un peu et nous fait rappeler qu’après tout, tout ceci n’est que du cinéma, c’est que le cinema est d’abord du rêve et de l’espoir. Et c’est toujours Ken Loach lui-même qui nous le confirme : « Il faut dire qu’un autre monde est possible et même nécessaire ».

PS qui n’a rien avoir, mais un peu quand même : je remercie infiniment ls organisateurs de la 24ème édition du Festival International du Cinéma d’Auteur de Rabat qui ont programmé ce film après la cérémonie de clôture. Je crois qu’il est toujours au programme de La semaine du film Européen de Rabat. Si vous allez le voir, vous ne risquez qu’une seule chose : devenir un peu plus sensibles, et donc un peu plus humains.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma