Qu’est-ce qu’être marocain ? Quand est-ce qu’on se sent marocains ? Qu’est-ce que signifie l’amour du Maroc ? Est-il une réalité concrète ou ça sonne de plus en plus comme une formule creuse, un concept utopique largement instrumentalisé pour servir de clef de voûte aux différents slogans politiques ? 

Le patriotisme s’entend généralement comme un sentiment d’appartenance et d’attachement à sa patrie. Réellement, à chacun sa propre définition du patriotisme sauf qu’il faut prendre du recul sur ce concept afin d’éviter de tomber dans les poncifs. La définition que j’ai choisie de vous faire partager est celle de Mahmoud Darwich, une figure de proue de la poésie arabe du XXe siècle ayant proféré, à cet égard, une phrase lourde de sens, colorée d’affection et de dévouement quant à la patrie :
« تسألني ما هو الوطن: ليس سؤالا تجيب عليه وتمضي…إنه حياتك وقضيتك معاً » « Tu me demandes ce que signifie la patrie : Il ne s’agit d’une simple question à laquelle tu peux facilement répondre … La patrie est à la fois ta vie et ta cause ».

Je crois dur comme fer qu’on ne nait pas marocain, on le devient en revanche en apportant sa pierre à l’édifice. Être patriote c’est apporter sa contribution au développement de son pays et c’est dans de simples gestes de tous les jours que notre attachement à la nation se manifeste. Tout comme les parents, on ne choisit pas notre patrie. Si nous avons ouvert les yeux, par coup de chance, dans un pays développé, qui respecte et prend soin de ses citoyens, tant mieux ! Sinon, ce n’est pas la fin du monde, tout de même. Quoi qu’il en soit, notre patrie devrait être notre cause et nous sommes censés, par obligation morale, concourir à son développement jusqu’au bout.

C’est bien beau tout cela, mais comment peut-on le concrétiser ?… Il n’y a pas mieux que la célèbre citation de Gandhi pour dire que tout un chacun doit tout faire pour être le changement qu’il veut voir dans le monde. C’est-à-dire, quand un journaliste par exemple traite d’un sujet avec rigueur et exactitude, en toute indépendance et impartialité, et en respectant les principes éthiques du métier, ça c’est du patriotisme. Quand un maitre d’ouvrage fait le choix de l’adjudicataire, lors de la passation d’un marché public, sur des critères de compétence et de mérite et non sur la base du copinage, du favoritisme et du clientélisme, c’est du patriotisme aussi.

Force est de noter que le fait de critiquer les dispositifs politiques, économiques, sociaux, ou encore juridiques au Maroc ne fait pas de nous des antipatriotes. Au contraire, c’est l’amour de la patrie qui pousse à interroger et explorer les modèles existants et proposer, par là, des alternatives. Dénuder et dénoncer les dysfonctionnements d’une société représente en lui-même un acte patriotique.

En guise de conclusion, le patriotisme ne s’impose pas mais se gagne. Au moment où nous impliquons les citoyens et leur donnons l’occasion de collaborer, au moment où nous les éduquons à la citoyenneté, au moment où la patrie éprouve de l’amour vis-à-vis ses citoyens et le prouve dans ses actes, nous n’aurons plus besoin d’obliger les étudiants à former des rangs pour chanter l’hymne national, ni les jeunes à accomplir un service militaire !

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ