Le Rwanda est devenu, au cours des dernières années, le pays le plus souvent cité  comme référence africaine dès lors qu’il s’agit de modèle de changement et de stratégies de croissance économique et sociale. Ce petit Etat d’Afrique de l’Est, pourtant densément peuplé, a pu réaliser des progrès spectaculaires en termes de développement depuis le génocide et la guerre civile de 1994. Les grands traits de ces progrès se traduisent :

– Politiquement, par une stabilité générale appuyée par une vocation inclusive du système politique en place (pour ne pas parler de transition démocratique). Ainsi les législatives de septembre 2018,  ayant maintenu le FPR (Front Patriotique Rwandais) dans une position majoritaire, ont été marquées par l’intégration, quoique timide,  de deux partis d’opposition au Parlement ainsi que par la domination des femmes qui ont obtenu 64 % des sièges. Le président Paul Kagame a été réélu pour sept ans en août 2017, à la suite d’une révision de la Constitution votée en décembre 2015 lui permettant de briguer un troisième mandat ;

– Economiquement, par la mise en place de deux stratégies quinquennales ( 2008-2012 et 2013-2018) dans le cadre de sa vision 2020 où le développement économique va  de pair avec la réduction de la pauvreté. La mise en œuvre de ces stratégies quinquennales s’est en outre appuyée sur des stratégies sectorielles et des plans de développement local s’inscrivant dans un processus de décentralisation bien avancé. D’après les constatations de la Banque Mondiale, le Rwanda se pencherait actuellement sur la finalisation d’une grande stratégie nationale pour la transformation. Cette dernière couvrira la période 2018-2024 et s’attachera à soutenir les changements économiques, sociaux et de gouvernance nécessaires à la réalisation des ambitions portées par la « Vision 2050 ».

Interrogée sur la réalisabilité de cette vision, la directrice générale (par intérim) de la banque mondiale, Mme Kristalina Georgieva a affirmé :« Je ne peux pas prédire l’avenir, mais je sais analyser les chiffres et les indices que j’ai sous les yeux.
 
Du côté des données factuelles, on voit que les trains de réformes mis en œuvre par le Rwanda depuis plus de 20 ans ont porté leurs fruits. Au cours des dix dernières années, le pays a réalisé des progrès économiques et sociaux spectaculaires, avec une croissance moyenne de 7,5 % et un PIB par habitant qui a presque doublé, passant de 404 à 748 dollars. Plus d’un million de personnes sont sorties de la pauvreté entre les exercices 2000/01 et 2013/14 » 


L’élan de réforme est également manifeste dans le tout dernier rapport Doing Business sur le climat des affaires : le Rwanda est passé en un an du 41e au 29e rang mondial. Avec sept réformes mises en œuvre en 12 mois, le pays est l’une des dix économies qui ont le plus progressé, aux côtés de poids lourds comme l’Inde et la Chine.
Selon la nouvelle publication consacrée à l’avenir de l’économie rwandaise (a), le pays va devoir à présent privilégier quatre moteurs essentiels et interdépendants : l’innovation, l’intégration, l’agglomération et la concurrence. Mais pour que ces moteurs fonctionnent, il est urgent d’investir dans le capital humain.

– Socialement, il y’a lieu de souligner que la forte croissance économique du Rwanda s’est accompagnée d’une amélioration significative des conditions de vie : le taux de mortalité infantile a baissé de deux tiers et le pays a presque atteint l’objectif d’éducation primaire universelle. Le Rwanda a beaucoup progressé dans l’accès aux services et dans les indicateurs de développement humain en donnant la priorité aux politiques publiques et initiatives endogènes. Le taux de pauvreté a baissé de 44 % en 2011 à 39 % en 2014 tandis que le coefficient de Gini, qui mesure le niveau des inégalités, est resté inchangé à 0,45.

Cependant, le modèle rwandais se heurte à deux obstacles majeurs :

Capital humain insuffisamment qualifié : le constat de la faiblesse du capital humain est dressé par la même responsable de la Worldbank citée ci-avant. La réalisabilité des moteurs de croissance formant la vision 2050 dépendra intimement d’une stratégie de développement des ressources humaines dont le pays a besoin.

En effet, selon la même source, « le nouvel indice du capital humain mis au point par la Banque mondiale montre qu’un enfant né aujourd’hui à Singapour (le pays en tête du classement) réalisera 88 % de son potentiel, contre seulement 37 % pour un enfant né au Rwanda. Ce fossé est dramatique, et nous sommes heureux de constater que les autorités rwandaises sont conscientes de l’ampleur du défi et qu’elles adhèrent à notre Projet sur le capital humain »
 
Afin de faire face à cet obstacle complètement freinant, le pays bénéficiera d’une augmentation de 10 % du soutien du Groupe de la Banque mondiale. Un nouveau financement de 150 millions de dollars sera consacré à l’amélioration de l’apprentissage et la progression des élèves du primaire afin de remédier au faible taux d’achèvement des études primaires et secondaires, ainsi qu’au taux élevé de redoublement.

Faiblesse du secteur privé : le modèle de croissance rwandais est porté principalement par le secteur public dont le financement provient des dons et prêts. Le ralentissement constaté depuis 2016 au niveau des indicateurs économique, permet de constater que la non implication du secteur privé comme acteur important dans la conception et la mise en œuvre du modèle de croissance, a mis l’économie du pays dans une situation bancale et ledit modèle devant ses propres limites.

En effet, le faible niveau de l’épargne et des compétences, ainsi que le coût élevé de l’énergie, font partie des principaux obstacles à l’investissement privé. Un secteur privé plus dynamique aidera à assurer un taux d’investissement élevé et à accélérer la croissance.

NB: Cet article s’est appuyé sur des données officielles de la Banque Mondiale dont voici la Réf :

banquemondiale.org

http://blogs.worldbank.org/nasikiliza/fr/les-futurs-moteurs-de-la-croissance-au-rwanda