Par Boubker Bendine Taoufik / Chroniqueur Média et diaspora 

Les temps sont graves. Et quand les esprits se crispent,  les joutes empêchent tout débat à la hauteur d’une conjoncture des plus difficiles pour le royaume.   Les controverses sont légion dans certains médias et sur les réseaux sociaux. Une polémique  oppose deux figures des médias et de l’influence au Maroc, Ahmed Charai et Samira Sitail. Elle fait suite à la publication d’un éditorial inattendu dans « l’Observateur du Maroc », ce 28 août, par le président de MED Radio et du Conseil d’Administration du quotidien « Al-Ahdath Al-Maghrebiya. 

Le contexte : 400 artistes et acteurs culturels, dont Faouzi Bensaid, Abdellatif Laâbi, Abdellah Taïa, ou la chanteuse Oum, publient un manifeste pour dénoncer « les dégradation des droits humains et de la liberté d’expression au Maroc ». La pétition est relayée par plusieurs médias internationaux. Des réactions s’organisent ici et là. Ainsi, 670 artistes et créateurs dont Lahcen Zinoun, Mehdi Qotbi, Mohamed Eljam ou Zina Daoudia ont exprimé, eux, leur soutien aux institutions marocaines. Ahmed Charai, lui, signale, à sa manière, un membre de la Commission pour le nouveau modèle de développement, signataire « des brûlots mettant en cause les institutions du pays », comprendre du manifeste cité. 

À ce stade, l’éditorial pouvait passer inaperçu. Mais le directeur de la publication ne s’est pas arrêté là.  Dans son texte, Ahmed Charai matraque, par la même occasion, que la « double nationalité était problématique ». Il insiste pour installer la suspicion. La nation serait en danger. Les traîtres sont peut-être là. « Mais nous avons eu, et nous avons, des responsables qui ont deux passeports. Quand ils rencontrent leurs homologues, représentant leur deuxième pays, quel est leur état d’esprit ? ». 

Anachronique ? Le renouveau du pays exige de nouvelles pointures pouvant assurer la transition et rassurer les marocains. Et les profils consensuels sont de plus en plus rares. D’autant que le Maroc a plus que jamais besoin de ses compétences expatriées. Dans un tweet, Samira Sitail s’offusque et lance, dans une extrême indignation, son TFOU qui dénonce un « argumentaire clivant » qui peut viser plus de six millions de marocains du monde. 

L’écart du président de Global Media Holding était évident. On pouvait s’attendre après la réaction de l’ancienne directrice de l’information de 2M à une mise au point pour nuancer ou dissiper les malentendus. Le pays n’a pas besoin de division en ces temps de crise.  Le propos blesse les marocains d’ailleurs, très attachés à leur patrie et à ses valeurs. D’autant que la constitution est claire et précise. 

Mais « L’Observateur du Maroc » choisit de sur-enchérir contre « Les  pollueurs du débat publics ». Non, il ne peut y avoir débat. En fait, il n’y en a pas eu vraiment. Par sa forme et sa tonalité, le texte initial est plutôt polémique, disons, qu’il pose mal le débat. Cependant, La question de la double nationalité, soulevée par Ahmed Charai , mérite d’être débattue, sereinement, dans l’espace public, entre experts également, dans les partis politiques et aussi dans la chambre des représentants de la nation. 

Le Maroc vit des moments difficiles compliqués par la Covid-19. Méfiance à l’égard des institutions, des partis, des syndicats, des intellectuels, des think tank et surtout à l’égard des médias publics et privés. Pour sortir de ce marasme, nous avons besoin de lancer de vrais débats sur les raisons de nos échecs et sur les choix judicieux pour l’avenir. Rien non plus sur  les responsabilités après le constat amer du chef suprême de la nation sur d’échec du modèle de développement. 

Le soupçon divise et détruit la cohésion. D’autant que les traîtres n’ont pas besoin de double nationalité pour trahir. L’Histoire est riche d’exemples. Il faut fédérer pour réajuster et reconstruire le Maroc auquel aspirent les marocains, tous les marocains. Cela ne peut se faire avec une élite dépassée, des partis sclérosés ou des médias déconnectés par rapport à des citoyens qui évoluent vite et s’ouvrent de plus en plus au monde. 

Œuvrons tous pour que le Maroc se réconcilie avec son histoire, avec ses enfants, tous ses enfants, dont les MDM, et avec son environnement géographique. Ensemble, unis, sans suspicion.