Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective. Il est construit de telle sorte qu’il exerce une pression collective sur la pensée de chacun de ses militants. Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration.

De plus, nos partis, les uns (la gauche) se sont complu dans le confort de l’opposition systématique sans appel, les autre se sont perdus dans le labyrinthe du pouvoir et ont souffert de l’absence de débat intellectuel créatif. Ils n’ont pas proposé de nouvelles idéologies et de nouvelles valeurs susceptibles de rendre le débat politique attrayant et de redonner aux questions politiques un rôle central.

Ainsi nos partis se sont recroquevillés et ont perdu le sens du peuple. Ils ont cessé de représenter les intérêts de la société. Les effets de cette erreur programmatique ont été aggravés par la stagnation démocratique, la perte de valeurs et l’effritement des normes de comportement, le leadership vertical au sein de partis où les ordres ont supplanté les débats, et l’obéissance soumise, la loyauté intelligente.

C’est dans ce contexte de déséquilibre où les partis politiques se sont accrochés à une logique bureaucratique et juridique, où les « formalités démocratiques » ont pris le dessus sur les exigences des citoyens, qui exigeaient plus d’ouverture de la part du système politique et l’égalité des chances dans l’exercice de la représentation politique.

Nos partis politiques ont alors perdu la confiance populaire parce qu’ils ont cessé d’être des instruments d’« agrégation sociale » représentant les intérêts de la collectivité et de la majorité ; ils ont perdu contact avec la société en n’étant plus les porteurs d’un projet national. Ils s’intéressaient davantage aux maroquins de la députation et au nombre de sièges dans le gouvernement.

Devant ce piteux état de nos partis de droite comme de gauche ont émergé des substituts, qui comptaient faire de la politique sans les partis. Et tous ces mouvements de contestation qui émergent aujourd’hui aspirent en être des substituts.

D’où la question qui s’impose, à savoir, comment régénérer nos partis, de telle sorte qu’ils puissent permettre l’inclusion des mouvements sociaux organisés dans des institutions démocratiques sachant que la politique ne se réduit pas uniquement aux structures partisanes et que la société civile exige de participer et d’avoir la possibilité d’influer sur les orientations des politiques publiques du pays ? Cela revient à transformer une démocratie politique fondée sur un système rigide de partis qui n’arrive pas à englober la démocratie sociale inscrivant le travail politique dans une nouvelle vision systémique?

Nos partis politiques sont aujourd’hui interpellés pour entamer leur propre printemps (réveil), sortir de leur torpeur par une action de « re-tooling » dans la perspective de rendre le crédit perdu à l’acte politique !

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA