Par Nawfal BELMIR, Chercheur et Analyste politique

Repenser notre mode électoral est un sentier indispensable vers une large participation citoyenne. La crise des institutions (politiques) telle qu’elle se manifeste aujourd’hui ; crise de confiance, illégitimité de la représentation, verrouillage du champ politique… s’avère nocive au bon fonctionnement des institutions et va à l’encontre du choix démocratique prôné par le Maroc, il y’a déjà deux décennies, et stipulé dans l’article premier de la constitution.

Le malaise citoyen qui plane autour de l’action politique, hante l’acteur, les institutions et aussi l’avenir de l’Etat. Certes, la crise de la représentativité est devenue un phénomène mondial justifié par plusieurs facteurs, à savoir, les transformations économiques, sociales et même digitales, mais ceci dit, nul ne nous interdit de porter réflexion particulière sur notre système électoral afin de réduire les carences qui se manifestent entre l’Etat et la société.

Et pour mieux entamer la réforme, Il faut bien rappeler que la participation politique est intrinsèquement liée aux principes des droits de l’homme et à l’exercice démocratique. Ainsi, elle n’est guère réduite à l’action de vote. Or, elle concerne aussi l’accès au débat public et à la possibilité de s’élire.

Enfreindre la volonté du citoyen par des lois restrictives envers sa liberté, contraigne la participation et s’oppose à l’établissement d’institutions consenties par tous. A moins que le citoyen s’abstienne volontairement, et dans ce cas, les lois doivent intervenir pour veiller au respect de sa libre volonté.

L’objet de la réforme électorale doit viser à rendre la démocratie procédurale accessible pour une population plus étendue, à travers quatre piliers interdépendants sur lesquels la réforme doit s’astreindre en prévoyant une réforme générale, simplifier les procédures, permettre la participation politique à tous les citoyens, et élargir le champ du débat public sur la réforme.

1- Il est intenable de concevoir la réforme d’une manière partielle et temporelle, car elle doit émaner d’une réflexion plus profonde portée sur la relation Etat/individu. A quel stade l’Etat devient légitime? Et à quel point l’individu devient citoyen ? C’est à ce moment que la réforme devient générale et transversale et s’occupe de plusieurs chantiers à la fois: le mode de scrutin, le seuil électoral, la loi organique relative à l’élection des membres des conseils des collectivités territoriales 59.11, les lois organiques des deux chambres (27.11/28.11)…etc. C’est un pack institutionnel.

2- Aussi, la réforme doit-elle s’atteler sur la simplification des procédures relatives aux élections. Une application laxiste des procédures encouragera l’engagement de plusieurs catégories et parviendra à une mobilisation plus forte, surtout, quand il s’agira d’une réforme des listes électorales et des mesures d’accompagnement en faveur des personnes en situation fragile.

3- Il est important de noter que la participation politique n’est pas exclusive aux partis politiques. certes, ces derniers sont des acteurs primordiaux mais ils ne sont pas les seuls. Présager un exercice politique de la sorte, serait contrarier l’essence même de la démocratie et les principes des droits de l’homme. D’où la nécessité d’ouvrir le champ politique devant les SAP (sans appartenance politique) et de supprimer les conditions dissuasives envers cette catégorie, afin de légitimer l’exercice démocratique et permettre à tout le monde d’y participer.

4- Évidemment le débat sur la réforme électorale devrait être inclusive et à l’écoute de l’autre. L’autre, cet indigné vivant à la marge de la sphère officielle. C’est un débat qui se veut éclectique, sans prémonitions ni arrières pensées, car c’est notre démocratie et notre avenir qui sont en jeux.