Imaginons ensemble des régions solidaires économiquement, viables écologiquement et soutenables politiquement. Que seront les réalisations concrètes pour le développement humain ?

Au Maroc, la contrainte principale du développement régional n’est pas celle de la prospective régionale, puisque les acteurs de l’Aménagement du Territoire et les responsables régionaux travaillent pour doter la région de documents de planification territoriale tels que les Schémas régionaux de l’Aménagement du territoire (SRAT) et le document de programmation des projets régionaux tel que les Programmes de Développement Régionaux (PDR).

A ce niveau, les régions continuent à mettre en place tout un dispositif en matière de documents d’aménagement afin de mieux orienter les politiques publiques régionales. Mais les réalités semblent tout de même hétérogènes et ne reflètent pas du tout les règles de l’art tel qu’elles sont prescrites en papiers. Les réalités sont très difformes, complexes et insatisfaisantes, vu le besoin encore grandissant en matière de restructuration des grands projets structurants ou de poursuite des projets de territoires.

Il semble que la géographie aussi dope certaines régions littorales à l’encontre des régions de l’intérieur du Royaume, alors qu’elles continuent à souffrir en plus des contraintes naturelles, des problématiques de vocations socio-économiques et des ruptures politiques sans cesse mettant en évidence le manque de visibilité des acteurs économiques locaux.

Aujourd’hui, et compte tenu du contexte actuel auquel le Roi rappelle à une réflexion majeure quant aux équilibres régionaux dans le cadre de la fameuse Régionalisation Avancée (RA). Il affirme que la carte du Maroc a changé vu les grands chantiers qui ont bouleversé l’image de certaines régions notamment au Nord, dans la région de la capitale, ce qui encore une fois défend l’idée forte que la régionalisation doit nécessairement faire apparaitre des régions dynamiques de par leurs économies en soulevant les grandes problématiques auxquelles se heurtent les populations au niveau régional. Mais, s’agit-il de ruptures ou de transitions ?

Il ne faut pas perdre de vue que les réalités ne peuvent faire l’objet de diagnostics territoriaux et de simples schémas d’analyse fonctionnels. Il faut préparer les régions aux changements majeurs des territoires. D’abord, par la formation continue de tous les cadres régionaux, selon le projet de loi de finance 2020 dont un budget assez intéressant est alloué à la RA, et de mettre en place des cellules de veille et de recherche pour faire émerger des idées nouvelles  et créatives afin de rendre les régions de foyers d’innovations et de recherche notamment sur les questions de patrimoine, de culture et de biodiversité. De même, il faut créer des cellules d’écoute aux problématiques majeures des communes. Faut t-il le rappeler, l’échelle territoriale la plus pertinente est celle de la commune.

Primo, les ruptures sont aussi la contrainte majeure des territoires d’aujourd’hui, vu la condition politique qui, dans la plupart des cas, freine le développement régional et limite les actions à plus forte valeur ajoutée régionale.

D’un point de vue purement économique, les entreprises TPE et PME ont besoin d’une plus grande visibilité sur les vocations économiques régionales pour qu’elles puissent préparer des offres d’emploi adaptées aux besoins des populations locales. Elles ont aussi besoin d’une fiscalité régionale adaptée aux spécificités des régions puisqu’elles ont les moteurs économiques pour absorber les problèmes du chômage. Il faut également mettre en place des politiques économiques régionales, c’est cela à mon sens, la deuxième phase de la Régionalisation Avancée.  

Or, la mise en place depuis deux ans de l’Agence régionale d’exécution des projets est une faveur majeure pour les régions dont les attributions restent encore peu lisibles, ce qui nécessite une convergence des actions entreprises par les conseils régionaux afin que les entreprises ne se retrouvent pas engorgées avec plusieurs interlocuteurs, d’où l’idée des partenariats efficaces, précis et à plus forte dimension territoriale.

Secundo, les transitions, puisqu’il est intéressant de constater que certaines régions connaissent de véritables ruptures avec le passé, notamment avec la mise en place d’un nouveau leadership féminin porteur d’un nouvel espoir de redressement des économies locales souffrant encore d’économie de prises de décision.

Transitions sont aussi dans ce que souhaite les acteurs de l’Aménagement du territoire et de l’Appui au Développement Territorial pour une plus grande cohérence et convergence des actions sectorielles à travers la territorialisation des projets régionaux. Ce n’est plus un mythe, mais une véritable nécessité afin que ruptures deviennent transitions économiques, politiques, culturelles et écologiques puisqu’il est temps, mille fois encore, de rappeler aux yeux des grands décideurs, que les grandes conférences et manifestations à caractère scientifique sont utiles, mais insuffisantes puisque le temps est fait pour l’action, le temps est aussi fait pour les territoires !  

Tariq AKDIM  – Enseignant-Economiste, spécialiste des questions territoriales