En Angleterre et au USA , et à un degré moindre en France, nous constatons depuis quelques années, au sein des cercles et boîtes de pensée dites think tank, que le clivage droite gauche, hautement ideologique et classiste (class oriented) est entrain d’être relayé au fil des jours par un autre clivage d’ordre culturel, s’exprimant cette fois-ci par le degré d’ouverture des forces politiques en présence sur le monde d’aujourd’hui et ses horizons futurs.

Précisons bien que le clivage droite/ gauche se trouve être relayé par d’autres clivages et non pas totalement supplanté, comme voudraient nous le faire croire des esprits légers, trop empressés à esquiver les contradictions et polarisations sociales qui, d’ailleurs ne cessent de s’accentuer du fait de la montée des inégalités, analysées dans le détail en France par Thomas Piketty et au USA par Joseph Stigler et Paul krugman (tous deux prix Nobel d’economie).

Le debat autour du Brexit, les révisions déchirantes du sacrosaint principe de la liberté du commerce international et les frictions grandissantes entre la Chine et les Etats unis à ce sujet, les questions quasi dramatiques que soulèvent les flux migratoires partout dans le monde, les replis identitaires qui prennent de l’ampleur dans des sociétés que tout distingue en terme de développement économique, les fondamentalismes religieux qui prennent des formes alarmantes et font déverser sur des régions internationales diverses, des vagues de violences meurtrières, l’acceuil divergent, pour ne pas dire contradictoire réservé aux dynamiques inexorables de la mondialisation…ces facteurs, séparés ou combinés ,se déclinant sur plusieurs registres nationales et politiques, font apparaître des clivages de type nouveau qui viennent se superposer aux clivages sociaux au référentiel de classe bien délimité. 

Il se trouve que ces nouveaux clivages font l’ombre, sur la scène politique et médiatique, aux anciens clivages, faisant reléguer ceux-ci parfois au deuxième plan, laissant les classes politiques, dans différents pays, dans le désarroi le plus total .

Ces nouveaux clivages se présentent sous des couples dont les principaux peuvent être énumérés ainsi:

Globalistes vs localistes.
Souverainistes vs fédéralistes.
Nativistes vs cosmopolites.
Universalistes vs relativistes .
Ouverts vs adeptes du repli identitaire.
Populistes vs adeptes des discours politiquement fondés. 

Bien entendu, chacun de ces couples peut être couplé à d’autres paramètres qui s’eloignent davantage des clivages sociaux classistes. 

Ce qui est aujourd’hui certain, c’est que ces nouveaux clivages ont pour conséquence immédiate de brouiller les repères et de compliquer la tâche pour les acteurs politiques qui se voient leur capacité de mobilisation sur la base des anciens clivages sensiblement amoindrie. 

Ce qui est certain aussi, c’est que cet état de fait a fait jusqu’à présent l’affaire des populistes qui ont, paraît-il, le vent en poupe dans des pays et des contextes aussi différents que l’Angleterre et la Hongrie ou les Philippines et le Brésil, ou encore les USA et l’Inde avec leurs figures bien connues (Boris Johnson, marindra , etc )

Faut-il y voir la conséquence de la mondialisation sans règles ni freins, comme semblent le suggérer de nombreux économistes et politologues aujaurd’hui au sein des cercles académiques, notamment anglo-saxons ?

Faut-il se résigner à dire que le clivage gauche /droite est devenu obsolète et qu il faudrait réinventer la politique et repenser le rôle du politique ?

Ma raison -toute simple – me fait dire que l’époque que nous traversons secrète effectivement des types de contradictions, de perceptions d’appartenances pour les gens , de tentations de surdimensionner des palliers de l’identité, mais qui, en même temps, aujourd’hui comme avant l’ideologie et les idéologues (les populistes essentiellement) se chargent à fond et se donnent avec acharnement la tâche de grossir les traits et d’exagérer à dessein la force du particulier sur l’universel et de l’identitaire sur le social .

Cela devient presque une spécialité à part .

Ma raison -toute simple aussi- me fait pencher vers cette conclusion que je la formule ainsi:

Quand je vois les chiffres des inégalités sociales qui s’accentuent mondialement, il est plus que fantaisiste et plus qu’erroné de suivre les » soft ideologues « dans leurs prêche »,ceux qui veulent nous faire croire que le social a fait son temps et que le culturel, l’identitaire et le particulariste sont en passe de supplanter le clivage social ,qui ,paradoxalement n’est que plus évident aujourd’hui, partout…partout…

Pr Abderrahmane LamraniPolitologue, Universitaire, Ancien Député et Dirigeant de l’USFP. Il est membre du CNDH