J’ai beaucoup hésité avant de me décider de parler de ce dérapage qui a fait ces derniers jours tant de tapage. J’ai hésité non pas parce que l’incident serait mineur, loin de là, mais parce que je trouvais que lui consacrer tout un article risquait de donner trop d’importance à un personnage qui ne le mérite pas tant.

Je ne connais pas ce type. Je crois que j’ai dû l’entendre 3 ou 4 fois, comme ça, en zappant sur mon auto-radio, et j’ai dû le croiser une ou deux fois, lors de mes rares passages à la radio qui l’emploie. D’ailleurs, j’ai beaucoup d’estime pour cette station où travaillent plusieurs amis, et à ma connaissance, aucun d’eux ne serait allé un jour dans des propos aussi méprisables envers les femmes. Ils ne le feraient pas parce qu’ils ont du respect pour elles, mais aussi parce que leur boss, leur big boss, est une femme qui, de plus, est une grande dame et une grande personnalité politique de notre pays. N’a-t-elle pas été Secrétaire d’Etat dans plusieurs gouvernements, y compris l’actuel.

Mieux : elle vient d’être élue première femme Présidente d’une Région dans l’histoire du Maroc. D’ailleurs, j’en profite pour lui présenter mes plus chaleureuses félicitations et mes voeux les plus sincères de succès et de réussite dans sa nouvelle mission.
Maintenant, pour revenir à notre bonhomme, il aurait dû tourner 100 fois sa langue avant de sortir ses sottises misogynes et archaïques, ne serait-ce que pour la raison que je viens d’évoquer. 
Cela étant dit, essayons d’analyser froidement ce fait qui est à mon avis inédit.

Bien sûr, on ne peut que dénoncer l’attitude minable et les propos méprisables de cet animateur envers cette auditrice qui n’a fait qu’exprimer son opinion. Personnellement, je pense que cet homme a été emporté par son amour fou pour le foot et pour l’équipe du Maroc, mais aussi par sa popularité et sa notoriété. D’après ce qu’on m’a dit, il serait un des animateurs les plus connus et les plus suivis par les auditeurs sportifs et, pourquoi pas, par les auditrices sportives. Mais cela ne pourrait excuser en rien ce comportement d’un autre âge et d’une autre époque, qui doit être sanctionné et sévèrement, par ses employeurs, mais également par la HACA, l’institution de contrôle de l’audio-visuel dans notre pays, à la tête de la quelle d’ailleurs il y a aujourd’hui… une femme. Et quel femme !

Vraiment, notre bonhomme avait tout faux.
Oui, mais après ? 
Essayons de réfléchir un peu : honnêtement, vous pensez vraiment que cet homme est unique, une exception, quelqu’un qui serait le seul, dans ce pays, à avoir des pensées ou des convictions aussi rétrogrades. Hélas, non. Nous savons tous qu’il y a beaucoup d’hommes, beaucoup trop d’hommes, qui sont dans notre propre entourage, dans nos propres familles, qui pensent exactement, voire pire que cet homme qui s’est fait tout bêtement piéger par le direct. Bien fait pour lui, ça lui apprendra à mieux se retenir. Mais ne soyons pas hypocrites, et n’essayons pas de passer pour ce que nous ne sommes pas. Ayons le courage d’avouer que les hommes de ce pays sont dans leur majorité, et pas seulement dans les campagnes ou dans les milieux démunis ou non instruits, misogynes, machistes et phallocrates.

N’ayons pas honte non plus de rappeler que nos grands-parents, nos parents et même nos professeurs ou nos éducateurs, dont nous sommes souvent très fiers, pensaient pour la plupart comme ce pauvre animateur qui n’a fait que répéter et reproduire ce qu’on lui a appris. Ce type ne vient pas, sans jeu de mots, de la planète Mars. I est de chez nous et fait partie de nous. Non, je ne prends pas sa défense, je ne fais que rappeler une triste réalité sociale qui, malgré les apparences, malgré nos grandes écoles, nos superbes berlines, nos grandes tours, nos portables sophistiqués, nos tablettes futuristes et nos discours modernistes, est toujours aussi ringarde qu’avant, sinon plus.

Alors, comme disait Lénine, que faire ? 
A mon humble avis, il faudrait faire une grande introspection et une grande auto-critique de notre société et de nous-mêmes. N’oublions pas que nous avons avec nous, certains même sont aux commandes, des gens qui veulent nous faire revenir au moyen-âge, qui pensent que la place de la femme n’est pas seulement à la cuisine, mais qu’elle doit enfermée à double-tour chez elle, à la maison, d’abord chez son père, ensuite chez son mari, car elle incarnerait le diable et l’enfer.


Bref, nous ne devons pas nous focaliser sur ce seul dérapage sémantique, qui est, certes, grave, inacceptable, intolérable, mais en profiter pour relancer le débat sur notre rôle à tous et à toutes pour la construction d’une autre société plus juste, plus libre, plus démocratique, plus égalitaire et donc plus respectueuse de la femme.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma