A l’image du grand débat sur le nouveau modèle de développement recherché par le Maroc, la question territoriale doit faire partie de ce débat. Longtemps considéré comme une priorité de l’Etat en matière d’aménagement du territoire, mais très peu vulgarisé dans la sphère scientifique et académique. Le territoire est la réponse aujourd’hui indispensable aux maux sociaux, et aux désespoirs sociétaux. Pour y croire, il faut une volonté d’acteurs issue d’une construction de la confiance entre eux. Une confiance qui doit venir d’une conscience de leur rôle primordial pour réussir le virage territorial.

 Virage d’abord, par ce qu’il est question d’assurer les choix d’articulation entre ce qui relève du global et du local. Global  puisque la question territoriale est stratégique et donc fondée sur les orientations nationales de l’Aménagement du territoire. Et le local qui relève des besoins des acteurs et de la population locale, c’est-à-dire à chaque territoire ses potentialités économiques et de chaque territoire ses besoins sociaux. 

Virage ensuite, parce qu’il faut favoriser le développement des centres ruraux émergents en prenant compte du rôle stratégique des villes intermédiaires dans la conduite de l’encadrement des territoires ruraux.

Virage enfin, parce qu’il ne faut pas omettre la question urbaine et la réflexion sur les nouveaux espaces métropolitains surtout avec l’orientation de l’Etat sur les grands projets structurants de certains territoires du pays.       

Mais aujourd’hui, il faut plus que jamais réussir les équilibres territoriaux, puisque une réalité le confirme : Trois régions (Tanger-Tetouan-Hoceima, Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat) qui ne représentent que 7% du territoire national, concentrent 44% de la population et contribuent à hauteur de 58% du PIB.

Une question donc d’équilibre dans la vision de l’Etat à accélérer le chantier de la déconcentration administrative, condition sin qua non pour nous conduire à réussir cette émergence vers un nouveau modèle de développement.   

Il est vrai que cette volonté est dépend de l’implication des acteurs locaux, qui, à travers les lois sur les collectivités territoriales, peuvent actionner les leviers pour accélérer le processus de déconcentration. Lequel nécessite une parfaite coordination entre les acteurs déconcentrés de l’Etat. Mais faut-il encore le dire dans ce nouveau contexte institutionnel très favorable à la reconquête des territoires.

Reconquête veut dire renouvellement des approches d’aménagement et de développement des territoires. A commencer par leur vocation économique, qui doit permettre de créer dans chaque espace des bassins régionaux de l’emploi. Or, on considérait les régions comme de simples institutions de pilotage des activités économiques.

Aujourd’hui, la question dépasse la simple approche technico-administrative et la loi n°111-14 l’affirme. Il s’agit de préparer une véritable régionalisation des acteurs et de véritables régions capables de faire face à deux questions majeurs: d’abord atténuer les inégalités territoriales, une question qui a déjà fait preuve de vérité dans plusieurs territoires (Manifestations de Jerrada, El Houceima à titre d’exemples).

De ce fait, le nouveau modèle de développement doit tenir compte de ces ambivalences en donnant aux régions l’opportunité de vivre le moment territorial, c’est-à-dire de créer suffisamment d’espaces de rencontres, de bassins d’emplois à travers la création de plusieurs vocations dans la région, et non pas une seule qui peut conduire au chaos. Il s’agit également de donner une chance de débat et de prise de parole aux citoyens locaux, puisque nous vivons une crise de confiance dans nos territoires. Telle est l’approche territoriale. 

Le moment territorial est aujourd’hui une urgence pour que chacun de nous se sente investi de son avenir et de celui de son territoire. Créons alors des espaces de réflexion sur ce nouveau modèle de développement. Pas seulement dans nos régions, mais aussi dans nos localités. Certes, un citoyen lambda  va peut-être nous conduire vers le mur des lamentations, mais devons-nous aussi le ramener à ce qui est essentiel dans les territoires: vivre en dignité, et vivre pour son territoire !

Tariq AKDIM, Chroniqueur, économiste des territoires. Il est aussi Directeur de rédaction de la Revue Adrar Voice