Sous le règne de SM le Roi Mohamed VI, le Maroc vient de vivre 20 années marquées par une nouvelle vision, de grands chantiers structurants, une accélération sans précédant des réformes. Les autoroutes, Tanger MED, les chantiers du renouvelable, la nouvelle constitution, le statut de la femme, le projet de régionalisation avancée, le retour à l’Union Africaine… Beaucoup d’avancées et autant d’espoirs. 

Cependant,  SM Le Roi a fait dans ses discours, entre 2015 et 2017, des constats amers. Il a pointé clairement les dysfonctionnements,  la corruption,  la rente,  les inégalités, les insuffisances et les défaillances dans le monde de la politique, l’administration,  les consulats ou dans la conduite des grands projets. Le peuple fait aussi ce constat. Le « On sait tout mais on ne fait rien » traduit ce sentiment de fatalité dès qu’il s’agit d’impunité. 

Or, malgré les alertes royales, rien n’a réellement changé depuis.  Et au Souverain, d’aller plus loin.  Pour dépasser les obstacles et les mauvaises volontés, en vue  de  corriger les erreurs et suivre les innovations afin de se mettre à l’heure des transitions en cours, il appelle à l’élaboration d’un nouveau modèle de développement. 

Or, pour reprendre le chemin de l’émergence, des priorités s’imposent à nous au de-las de l’éducation, de la qualification et de la méritocratie. Il y a d’abord la lutte contre la corruption qui entrave la croissance économique, affecte l’investissement et retarde la mise à niveau.  Puis l’impunité. Celle ci empêche toute réorganisation et moralisation du secteur public .  

Plus alarmante et coûteuse que la corruption et la rente,  il y  a  la médiocratie qui, généralisée, peut occasionner faillite et incohérence sociale. Et dès qu’il y a médiocratie, il y a imposture des influenceurs, lobbyistes et experts dans la politique, les affaires, les médias, la culture, le sport, la communication, la diplomatie, la recherche…

Un nouveau modèle de développement, même bien élaboré, après consultations des forces nationales, des spécialistes, des citoyens, sera confronté au même frein:  la mise en œuvre des orientations nécessaires à l’intégration du monde en transition. C’est une question de  ressources compétentes en mesure de relever les défis et de modes opératoires adéquats en mesure de réaliser, suivre, d’évaluer la nouvelle dynamique et de  réajuster. 

Pour préparer l’environnement adapté et optimiser les chances de réussite du nouveau modèle de développement, il faut  une rupture franche et assumée avec la corruption, l’impunité  et l’imposture. L’avenir du pays dépendra de l’adhésion du grand nombre aux grandes orientations de ce modèle et de la crédibilité et de l’efficacité des femmes et des hommes qui vont le mettre en œuvre.  La mobilisation  autour du  projet national supposera un retour de la confiance dans les institutions et  l’instauration de l’égalité des chances et surtout de la méritocratie.

Boubker Bendine Taoufik, Consultant média et diaspora