Les changements dans la structure des opportunités politiques sont un facteur majeur pour déterminer quels mouvements sociaux réussissent et rendent la dynamique au gré des circonstances externes à travers les évolutions conjoncturelles du système politique.

Quatre ingrédients font fonctionner l’action collective face à quatre formes d’action étatique:

1. Lorsque les vulnérabilités se manifestent dans un système et dépendent d’une crise de légitimité, de manque de représentation voire d’incubation sociale, les manifestants, ne supportant plus les conditions sociales et économiques maintenues par le système, identifient des opportunités politiques et les aperçoivent, avec attention et intérêt.

2. Alors que ces dernières sont perçues, l’union des organisations déjà existantes servent de structures de mobilisation en recrutant des membres, tissant des réseaux de communication et dirigeant le mouvement naissant. C’est ainsi que se forme la structure mobilisatrice en termes de ressources.

3. Afin de permettre au mouvement de scander clairement et de manière convaincante les problèmes existants, d’expliquer la raison d’être du mouvement et ses demandes légitimes, un processus de cadrage s’impose. Ce processus, non seulement illustre le sens des revendications, mais favorise l’adhésion idéologique ou/et idéelle des membres du mouvement, des membres des institutions politiques et du public en général. Ce partage par le sens est nécessaire pour qu’une action collective puisse saisir les opportunités politiques et apporter des changements, autant par le haut que par le bas.

4. Avoir un répertoire d’action collective qui fait référence à l’ensemble des moyens par lesquels le mouvement formule ses revendications est un must! Celles-ci comprennent généralement des grèves, des manifestations, des pétitions, etc.

Lorsque tous ces éléments sont réunis, il est possible qu’un mouvement social soit en mesure d’apporter des changements au sein du système politique existant et aboutir aux Outcomes souhaités. D’ailleurs, cette question d’Outcomes constitue un vrai pléonasme dans la mesure où elle touche à la fois la trajectoire du mouvement et la réaction de l’Etat.

De façon générale, il s’agit d’identifier les facteurs qui peuvent faire augmenter ou baisser le coût de l’action collective et, ainsi, la favoriser ou la rendre moins probable:

1. L’ouverture ou la fermeture relative du système politique à travers ses institutions: Sans rentrer dans la nature du régime politique, l’entreprise de l’Etat dans son sens politique représente une sorte de concentration de ressources que le simple fait d’y avoir accès donne un avantage immédiat à certains acteurs. Pourquoi ? Car ce même Etat formule les règles formelles du jeu, largement preçues et foretment considérées, par les adhérents à la contestation collective. Et pour ne pas ignorer son rôle classique, l’Etat détient son monopole de la violence physique légitime qui le place ainsi au centre de toute interaction contestataire. Ce qui compte, parait-il, c’est non seulement de déterminer dans quelle mesure les mouvements sociaux se trouvent dans un cadre institutionnel ouvert ou fermé, mais également dans quelle mesure leurs revendications se rapportent aux discours dominants dans le domaine public.

2. La stabilité ou l’instabilité des éventuels alignements d’élite qui sous-tend généralement un régime politique: Une cohésion ou division des élites contribuant à la construction d’alliances avec des figures publiques influentes, abstraction faite à la réaction de l’État (répressive ou non) a souvent eu un grand impact! Selon cette logique, des changements au sein du système politique ont un effet sur la propension des acteurs à agir collectivement et sur leur capacité de mobilisation et, ainsi, sur la probabilité qu’un mouvement social ou une vague contestataire se développe ou, au contraire, régresse.

3. La présence ou l’absence d’alliés d’élite: L’espace des prises de position peut amener certaines prises de position à devenir dominantes, ou au contraire marginales, par simple vertu de la position des acteurs qui les prennent ; qui sont-ils? Que font-ils? Et dans quel champ agissent-ils? Un réalignement des champs (politique, médiatique, universitaire, etc.) peut conduire à une légitimation ou à une délégitimation de certaines revendications et, ainsi, entraîner une reconfiguration des alliances qui facilitera ou affaiblira les mobilisations.

4. La capacité et la propension de l’État à la répression : Cet aspect renvoie à la puissance de l’État (fort/faible) et les principales stratégies auxquelles celui-ci fait appel pour faire face aux insurrections civiles (inclusion/exclusion). Ceci explique davantage la nature et la vitalité d’un mouvement donné ainsi que les tactiques et moyens qu’il est susceptible de mettre en oeuvre. Comme P. Bourdieu préfère qualifier: les “entrepreneurs” des l’action étatique sont enclins à adopter des stratégies de conservation “orthodoxes” tandis que les masses contestataires sont enclins à adopter des stratégies de subversion “hétérodoxes”.

L’opportunité politique se manifeste à travers les interprétations des participants: Son effet est mesuré par leur conclusion subjective. En l’absence de ces perceptions et compréhensions partagées, l’impact des opportunités politiques reste indéterminé, car une structure d’opportunités peut produire des dynamiques de mouvement disparates et, à l’inverse, des mouvements peuvent se mobiliser dans des opportunités à la fois contractuelles sans outcomes latents.

De surcroît, l’impact causal de l’opportunité perçue est contextuel et contingent: tantôt échoué et attribué à l’intransigence étatique, tantôt réussi et attribué à l’efficacité de la dynamique contestataire nourrissant en son sein la conscience solidaire et aboutissant aux nombreuses prises de positions, de soutiens, et d’influence à l’horizon d’une “policy response” efficiente.