Par Abderrahmane Lamrani

vous remarqué ? Bon nombre d’écrivains, essayistes, chercheurs en sciences sociales, politologues  et analystes des relations internationales, ou encore journalistes de renommée, parlent de l’après Corona comme d’une ère radicalement nouvelle et inédite, prédisant des ruptures gigantesques, politiques, stratégiques, économiques, monétaires, environnementales… Des ruptures jusque dans la façon de voir, de penser et de percevoir le monde et les choses environnantes, et ce au niveau mondial !

Les prospectives de toutes sortes abondent, et il semble que la futurologie se renouvelle dans la foulée et prend un nouveau look. Elle fait même peindre le monde de demain en rose!  

Ainsi, le relâchement progressif de l’individualisme capitaliste au niveau planétaire comme le relâchement de l’autoritarisme et de l’illibéralisme  ambiants, le retour de l’Etat keynésien protecteur et généreux, la fin du chacun pour soi et la consécration  des valeurs de solidarités, et  la fin des pratiques destructrices des systèmes écologiques , deviennent des perspectives clairement dessinées dans cette futurologie platoniciennes !!!

Tout se peint en rose dans la description de ces ruptures attendues et célébrées d’avance.

Soit. Mais quand on voit le comportement des acteurs réels, des multinationales aux grands groupes financiers, pétroliers, pharmaceutiques, grandes places financières, grandes compagnies aériennes, qui cherchent frénétiquement à s’adapter en recourant a leurs pratiques de toujours (licenciements ,dégraissage et calculs ultra utilitaires), en attendant le passage de l’orage — quand on voit  tout ça  s’opérer avec abstinence  au quotidien, sous nos yeux, on est on droit d’être plus que sceptiques quant à la pertinence de cette futurologie de l’après covid, trop optimiste et excessivement confiante -parait t il – en  ses prémisses. 

Les épidémies peuvent, bien entendu, concourir au changement mais, mais ils n’ont jamais été ni substitutives ni excluantes des actions des hommes et des femmes et de leurs volontés de changer le cours des choses, des événements. Et, parlant de l’histoire, la grippe espagnole n’a pas arrêté tant soit peu les grandes rivalités qui allaient déclencher  les ravages de la seconde guerre mondiale.

Prétendre le contraire, c’est verser dans un naturalisme débridé ou -au mieux- dans un déterminisme mécanique bon marché. 

Mais rassurons nous, il yaura toujours des voix lucides et raisonnables qui nous feront toujours penser à faire la part des choses et de nous éviter de sombrer dans le « wishful thinking »التفكير بالتمني ou les fake utopies.

De ces intellectuels lucides j’ai retenu l’analyse pénétrante et perspicace d’Edgare Morin : en posant les grandes questions et questionnements qui s’imposent  et en  analysant les effets et défis de la pandémie sur nos sociétés, ce grand sociologue français, ayant toujours su mettre en relations faits et idées, valeurs et raison, nous a livré, en tant que lecteurs lors d’un article, la description de ce que la pandémie a révélé d’inadapté, de dépassé et d’obsolète dans nos vies sociales sans pour autant se hasarder à prédire ce qui adviendra après le covid. 

La mesure de ce  sociologue de plus de 90 ans d’âge, lucide et raisonnable, convaincu que l’histoire n’est jamais écrite à l’avance et qu’en fin de compte, on ne peut se passer de l’action consciente  et éclairée des hommes et des femmes dans toute rupture digne de ce nom.

Pr Abderrahmane LamraniPolitologue, Universitaire, Ancien Député et Dirigeant de l’USFP. Il est membre du CNDH