Je ne m’attarderai pas sur l’acception du mot culture, je me permettrai simplement de traiter les différentes expressions artistiques, particulièrement les festivals, sous l’égide de la culture, ce mot grandiose en essence et en puissance. Toutefois, une seule précision s’impose : cultiver et instruire vont de pair, sauf qu’on ne cultive pas l’esprit qu’à travers la lecture des livres mais aussi via plusieurs expressions culturelles et artistiques.

Juin est le mois des festivals par excellence ; Mawazine, le festival musiques sacrées du monde de Fès, le festival Gnaoua d’Essaouira, Jazzablanca, … y seront tous à l’honneur. C’est le mois qui ouvre la boîte de Pandore, donnant le jour à des critiques et débats de toutes natures : « Au lieu de débourser de l’argent dans des futilités comme les festivals, donnez la priorité aux questions sociales » ; « Ces festivals ne font que prouver l’état schizophrénique d’un État schizophrène » ; ou encore « les festivals constituent une vitrine à l’international pour la promotion de l’image d’un Maroc ouvert et tolérant. Peut-être il l’est vis-à-vis « l’berrani » mais pas envers ses citoyen(nes). Mawazine est organisé pour dire que tout est zen et dissimuler les dysfonctionnements de la société marocaine ». Etc.

Naturellement, je comprends mes compatriotes qui dénoncent l’importance accordée à la culture et appellent à renforcer le volet social. Pourtant, quelle différence faites-vous, s’il vous plaît, entre le culturel et le social ? Peut-on dissocier l’un de l’autre ?! En effet, les deux forment les deux faces d’une même pièce. La culture constitue, sans conteste, une dimension fondamentale du processus de développement et permet l’épanouissement de l’être humain, son bien-être et sa pleine réalisation. Mais là encore, de quelle culture parlons-nous ? Et de quel contenu de la culture entendons-nous ?

Les différentes expressions culturelles et artistiques devraient en principe promouvoir la créativité culturelle et la « bonne hérésie », mettre en relief le patrimoine culturel immatériel et renforcer l’identité du pays, traiter des sujets tabous, éduquer et mettre en avant les valeurs d’ouverture, d’amour, de respect et d’acceptation des différences. Cependant, les choses sont différentes dans les faits ; Comme un dialogue de sourds, d’une part, la commercialisation, la caducité et la « médiocratie » font parfois surface et vident, par suite, la culture de son sens. D’autre part, quand bien même le contenu de la culture serait à la hauteur, les citoyen(nes) restent généralement très peu outillés pour saisir la finalité des messages culturels et artistiques.

Par ailleurs, traiter en profondeur les questions sociales est d’abord et avant tout une question de volonté. C’est aussi une politique mûrement réfléchie et collectivement conçue ; chacun y contribuera par sa petite idée, mais il faut le vouloir d’abord. Le volet social et le volet culturel devraient être conçus dans une logique de complémentarité et non de disjonction.

Finalement, le débat n’est pas d’être pour ou contre l’investissement dans des programmes et des événements culturels au Maroc, mais devrait porter plutôt sur la manière à travers laquelle nous pouvons nous servir de la culture pour instruire les gens et développer ainsi une certaine créativité et un esprit critique. Il s’agit de revoir le contenu de la culture, investir dans l’éducation artistique et culturelle et sensibiliser l’opinion publique à l’importance sociale de l’art et de la création intellectuelle.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ