Ma chronique de cette semaine sera politique, donc un peu philosophique, et même un tantinet anthropologique. Mais, rassurez-vous, je vais tout faire pour qu’elle ne soit pas, comme la politique, hermétique, opaque, indigeste, populiste, démagogique, manipulatrice, vendeuse, vendue, immorale, déroutante, dégoutante, parfois, à vomir. Oui, je n’aime pas la politique. Pardon. Je n’aime pas les politiciens, ni les politiciennes. La politique ne connait pas de problème de genre. Ni de classes. NI d’origine. Ni de niveau intellectuel ou d’instruction.

Hommes, femmes, riches, pauvres, érudits, analphabètes, citadins, ruraux, intellectuels, ignorants, traditionalistes, modernistes, réactionnaires, progressistes (mettez vous-mêmes les guillemets où vous voulez), pour les uns comme pour les unes et pour presque tous les autres et toutes les autres, c’est souvent le même combat, les mêmes luttes pour obtenir le pouvoir, ou juste l’illusion du pouvoir, et faire tout ce qui est possible, y compris ce qui est immoral, lamentable, méprisable, pour le garder, ou juste pour en garder une infime partie.

Au fond, je n’ai pas toujours eu ce regard dédaigneux sur la politique. Il fut un temps, il y a très longtemps, dans une autre vie, quand j’étais plus jeune et plus naïf, plus solide et plus combattant, plus indulgent et plus rêveur, où j’aimais la politique amoureusement, passionnément, aveuglément. J’étais un marxiste-léniniste progressiste et même un communiste, un vrai rouge, et aujourd’hui encore, je n’en rougis pas. Loin de là.

De cette période, j’ai gardé quelques petites leçons que je pense encore valables, dont notamment que la politique est toujours une question de rapport de forces, et qu’elle obéit à un mouvement perpétuel de flux et de reflux. En disant cela, peut-être que pour vous, je ne dis rien mais pour moi, je pense avoir tout dit.

A vrai dire, je suis un déçu de la politique. Depuis que j’ai décidé, à mon corps défendant, de m’en éloigner, je veux dire, “opérationnellement”, je ne me suis jamais senti aussi seul, aussi orphelin. Pourtant, croyez-moi, qu’est-ce que j’aurais bien aimé y retourner, m’y mêler de nouveau, me lancer de nouveau dans l’arène, tellement je suis convaincu que c’est la politique qui fait, défait, bien fait, mal fait, refait absolument tout ce qu’on fait. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, c’est la politique qui mène la danse, les contredanses, impose les cadences, et nous sort de la piste quand elle veut, dès qu’on lui montre qu’on ne peut plus suivre le rythme.

Je suis un déçu de la politique, mais pour être plus franc, je suis un déçu surtout de la gauche, celle d’ici comme celle d’ailleurs, une gauche qui est devenue tellement ringarde, tellement vieillotte, tellement suiveuse, tellement serveuse, tellement servile, tellement gauche, tellement maladroite, que parfois elle nous fait pencher à droite, ou plus encore, piégés comme on peut l’être, par les paroles mielleuses des uns ou les chimères trompeuses des autres. 
C’est Coluche, ce grand comique qui n’était pas qu’un rigolo, qui pourrait résumer un peu ma pensée : “La droite vend des promesses et ne les tient pas, la gauche vend de l’espoir et le brise”. 
Je crois que c’est une bonne transition pour attaquer d’une manière plus précise le sujet que j’ai choisi de traiter aujourd’hui, forcé par l’actualité démoralisante de ces derniers jours.

Bien sûr, il s’agit de ces atermoiements plus énervants que décevants d’un certain parti politique qui, de puissante formation bombant le torse, sortant les griffes et montrant les dents, est devenue une épave échouée tanguant au gré des humeurs et des vents. Non, ça ne me fait pas plaisir, et ça ne devrait plaisir à aucun individu qui se dit démocrate. Je n’ai jamais caché mes sentiments peu affectifs pour le PJD, ne serait-ce que parce que nous n’avons pas du tout la même vision de l’avenir et de la vie.

Mais, tout en lui tapant dessus presque tout le temps, et il le mérite souvent, cela ne m’empêchait pas de toujours penser qu’on ne devrait pas se réjouir systématiquement de ses déboires ou de ses échecs, qu’il en soit responsable lui-même ou qu’on lui ai jeté des bananes sous les pieds. Et vous savez pourquoi ? Parce que tout ce qui peut lui arriver – et qui lui arrive aujourd’hui d’une manière manifestement grossière – peut arriver à n’importe quel autre parti, qu’il soit de droite, de gauche ou de nulle part.

C’est vrai que les dirigeants de ce parti offrent de plus en plus un spectacle pour le moins tragi-comique, mais, pour moi, tous ces coups de gueule aphones, toutes ces fausses démissions, toutes ces vraies maladies et tous ces spectaculaires rémissions, ne sont que le reflet tragique de ce qu’est devenue la politique dans notre pays : un mélange de tartufferie, de maladies imaginaires, de fourberies, de “l’enfer, c’est les autres”, un mélange qui donne parfois la nausée. Pourtant, je ne perds jamais espoir car je crois toujours qu’après le reflux, il y a toujours un flux…En attendant, je vous souhaite un excellent weekend, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit…

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma