Le Maroc est un pays très pauvre. Ce n’est pas lié à son niveau de PIB par habitant. C’est à cause du déficit de talents qui caractérise notre pays dans tous les domaines : arts, sport, économie,  politique, recherche… etc.

Peut-on conceptualiser le talent ? Difficile. Le talent n’est pas que compétence : si celle-ci est normative, le premier est transgressif des normes. Le talent permet de sortir du cadre, il est surprenant car il s’exprime de manière souvent inhabituelle et produit des résultats surprenants. 

Il y a celles et ceux qui, dans une logique égalitariste, refusent même l’idée que des personnes puissent disposer d’aptitudes particulières les distinguant du commun des mortels. Mais depuis les grecs, la plupart des philosophes reconnaissent à l’humanité cette capacité de créer et de bénéficier d’individualités qui sortent du commun. 

Est ce que les marocains seraient génétiquement moins talentueux ? Rien ne permet de l’affirmer. Notre pays a eu sa période de gloire, des années d’enthousiasme postcolonial et idéologique. Pèle-mêle,  on peut citer : Larbi Batma, Fatima Mernissi, Said Aouita, Mohamed Reggab, Chaaibia Talal, … 

Les génies ne sont pas des personnes équilibrées. Dans les échelles d’évaluation des soft skills, ils paraîtraient toujours excessifs : soit trop individualistes, soit trop autoritaires, soit trop conflictuels  … etc. Dans une entreprise bureaucratique,  de tels profils ne seraient pas supportés. Ils ont besoin d’une tolérance très large à leurs extravagances comportementales pour qu’elles/ils puissent exprimer leurs talents et leurs capacités à créer autrement et autres choses.

C’est autour de ces « fous », qu’une vraie guerre mondiale est engagée aujourd’hui. La guerre des talents est une réalité : des pays s’y mesurent à coup de stratégies, de politiques intégrées, de budgets … Les européens essaient d’y résister aux assauts de la Chine et de l’Inde,  tandis que les USA continuent à y occuper un rang dominant. L’enjeu pour tous ces pays est à la fois de faire émerger des talents, de les « importer » et de les ancrer au port de leur pays d’adoption ou d’origine.

Que le Maroc en soit conscient à travers son discours officiel, c’est un fait. Mais la question est : que fait-il en conséquence ? Les dispositifs créés par des institutions,  comme L’OCP, quoiqu’importants,  resteront toujours limités et à potentiel modeste, car ils ne peuvent pas remplacer une vision globale et intégrée de l’État. 

Les pays modèles mobilisent un génie politique qui les caractérise. C’est le génie collectif d’une caste dirigeante,  certes loin d’être irréprochable, mais qui est très compétente,  capable de cerner les enjeux de l’avenir et en vertu de quoi servir l’intérêt national. 

Nietzsch définit le génie ainsi : avoir un but et vouloir les moyens d’y parvenir. Il faudrait attirer l’attention ici qu’il dit  » vouloir les moyens » et non « avoir les moyens ». Le génie d’un Etat réside justement dans sa volonté politique. Que veut-il pour les siens ? Pour son peuple ? Dans ce domaine,  les vertus platoniciennes de Tempérance,  Prudence,  Force et Justice sont les piliers de la crédibilité de l’État.

Et la démocratie, me diriez-vous ? Peut-être que oui, peut-être que non …

Hassan Chraibi, Docteur en Sciences de gestion et Consultant en Management et Gouvernance institutionnelle.