Comme je l’ai souligné dans le premier acte de plaidoyer consacré à l’enfance en état de vulnérabilité, la protection et le développement de cette catégorie sociale, ne sauraient être possible que dans la mesure où l’Etat marocain renforcerait l’effort législatif par une politique publique appropriée et une gouvernance efficace.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’une politique publique, ce n’est pas des slides de power-point qu’on fait défiler dans des sales de conférences et qu’on oublie juste après la pause-café. Une politique publique, c’est d’abord une vision à laquelle on adhère et sur laquelle on s’engage. C’est un plan de travail détaillé, pragmatique et qui définit non seulement les approches, mais surtout les mesures à prendre et les responsabilités à assumer. Car une politique publique, c’est aussi une question de reddition des compte.

Brièvement, l’engagement du Maroc s’est traduit par la mise en place d’une vision 2006-2015 à travers le Plan d’Action National pour l’Enfant – PANE  ayant fait suite à la lettre royale adressée aux participants au 10ème Congrès des droits de l’enfants. En prolongement du PANE qui a pris fin en 2015, le Maroc a adopté la PPIPEM(Politique Publique Intégrée Pour l’Enfance Marocaine).

Cependant, le rythme de mise en place du plan d’action de cette nouvelle stratégie, reste très lent d’autant plus que le cadre institutionnel, en son état actuel, ne permet pas aux pouvoirs publics de traiter efficacement la vulnérabilité des enfants et l’institutionnalisation qui pourrait en émaner. C’est le constat que se partagent les spécialistes du dossier. D’ailleurs, l’OIM (Organisation Internationale pour la Migration) vient de diligenter une étude afin de proposer un schéma de re-dynamisation de la PPIPEM.

On peut être plus clair. L’enfance en générale et celle en état de vulnérabilité en particulier, ne figurent pas sur la liste des priorités de l’actuel gouvernement. A cela s’ajoute le fait que plusieurs départements ministériels s’occupent de la même problématique. Sans résultats concrets. Juste un enchevêtrement de compétences et une dispersion des efforts publics en matière d’Enfance.

Il serait souhaitable, à mon sens, que cette problématique fasse l’objet d’une initiative royale semblable à celle qu’a été prise récemment concernant la formation professionnelle. C’est la seule manière de provoquer une nouvelle dynamique !

Jaouad BenaissiConsultant auprès de plusieurs ONGs internationales militant pour la cause de l’enfance en situation de vulnérabilité.