Par Tariq AKDIM, Chercheur et Economiste du Territoire

Une reprise triste, ambiguë et inconfortable : Voici trois premiers mots-clés de ce retour. Après un confinement de trois mois, un retour marqué par l’incapacité de gérer le réel, la complexité de la prise de décisions, et l’imprévisibilité d’un virus.

Et si ce virus nous convoque à des ruptures ?

Cette question nous interpelle à plus d’un titre. Nous voici, traversant une sphère inédite de l’histoire humaine. Avons-nous actionné les leviers pour permettre des changements dans nos territoires du vécu ? Avons-nous pensé à nos territoires vulnérables ? Quelles politiques publiques pour ces territoires ? Quelle élite pour défendre et agir dans l’action devant cette crise totale pour paraphraser le philosophe E. MORIN ?  L’écrivain J. ATTALI confirme que la crise ne fait que commencer avant de souligner que nous ne pouvons pas tirer de leçons d’une crise qui ne fait que commencer. Quant à l’économiste Feu S. AMIN, il avait prédit une crise structurelle du système capitaliste depuis 2005.

Cette première ébauche nous invite à penser l’avenir de nos territoires à l’ère des crises. Si certains acteurs de papier tendent à analyser la crise à partir de la question de la complexité, les acteurs de terrain doivent penser cette action dans le temps des territoires. Or, la question du développement territorial doit s’inscrire dans le temps des ruptures. La rupture, ici, peut prendre la forme d’une inscription dans le sens d’une prise de conscience des paradoxes qui fondent la gestion des crises, et ceci nécessite la prise en compte de quelques dimensions suivantes :

  • L’action nait de l’intelligence collective

Au temps du virus, l’action collective est indéniablement une question fondamentale de l’exercice de l’intelligence des acteurs. Mais devant ce mal invisible, elle devient une urgence. Urgence d’une méthodologie de travail en commun.  Aujourd’hui, un nombre important de communes rurales souffrent du problème de gouvernance de leurs ressources humaines, pas seulement un écart de formation et en animation, mais aussi en gouvernance des équipes. Ceci a un impact direct sur la performance et la capacité de la collectivité territoriale à faire preuve d’intelligence. Il s’agit simplement de penser différemment en combinant les facteurs de prise d’initiative en terme d’innovation sociale, de synergie entre projets et de co-construction des projets à impact durable sur la population locale.  

  •  Pour des solidarités intelligentes

Force est de constater que nombreuses activités indépendantes souffrent de cette crise en terme de fonds de roulement et ont besoin aujourd’hui de ce que j’appelle une certaine solidarité intelligente. L’Etat peut actionner les leviers de sa politique budgétaire pour soumettre dans la Loi de Finances Rectificative quelques mesures d’allégement de la taxe afin de dépasser cette crise.

Solidarité intelligente, c’est aussi les associations qui doivent repenser leurs stratégies de travail dans cette crise. Il est vrai que certains territoires souffrent considérablement des problèmes de pauvreté de leurs habitants, mais en même temps cette pauvreté à long terme ne doit surtout pas se traduire par une politique de saupoudrage. Il faut mettre en place une véritable vision de développement à travers les institutions et non les personnes. La solidarité doit plus que jamais, être institutionnalisée.

  • Toutes les générations sont concernées

Quelque part, nous vivons une crise intergénérationnelle dont l’élite locale est aussi responsable. Il faut plus que jamais, penser à l’ensemble des générations comme un système, les impliquer dans les processus de prise de décision, et surtout éviter une approche accès sur les catégories réductrices ou aliénantes, le refus aussi d’une image mensongère puisque toutes celles et ceux qui composent ces territoires sont importants. Nous devrions impérativement, être dans l’écoute, le virus nous a appris, entre autres, que nous sommes tous dans le même navire. La gouvernance accès sur un public spécifique nous offre des formes hétérogènes, divergentes et catégoriques refusant de s’approprier les projets de relance.        

  •  Pour une nouvelle échelle de conscience  

Le temps, cette histoire du présent qui se conjugue dans le futur traduit la nécessité de penser à une nouvelle échelle de conscience, celle porteuse du sens de marcher ensemble, de contribuer à développer nos territoires de savoir au-delà de nos limites sociales, de nos fractures avec le temps du politique. Nous avons besoin de composer ensemble pour nous trouver des voies de consciences, qui peuvent se traduire dans trois éléments, nous soutenir en usant d’une intelligence collective pour une société économiquement équitable, socialement viable, et culturellement soutenable.

Nous avons besoin aussi, de repenser à une autre conception de notre bien commun, de nos valeurs, nos habitudes, nos relations avec les autres. Bref, il nous importe de réveiller une nouvelle conscience porteuse d’un modèle de diversité accès sur le droit à la culture, puisqu’elle est porteuse d’une échelle importante de nos communs. Apprendre à marcher est aussi une affaire d’élite, qui, pour l’instant ne porte pas cette réflexion.