Je n’ai vraiment aucune envie de reparler de ce gouvernement qui fait tellement parler de lui, alors qu’il n’y a franchement rien à en dire, sauf qu’il nous pompe l’air, qu’il nous sape le moral, qu’il bousille nos méninges qui sont déjà dans un salé état, et surtout qu’il nous prend pour ce que nous sommes quand même un peu, : des imbéciles heureux.

Pardonnez-moi d’être aussi franc et aussi frontal, mais j’en ai marre d’entendre toujours les mêmes jérémiades contre ce gouvernement et surtout contre certains de ses ministres qui gèrent du pire qu’ils peuvent cette crise, c’est-à-dire en nous utilisant comme cobayes consentants et obéissants.

Ne rouspétez surtout pas, sinon je serais obligé de rappeler les congratulations mielleuses, les bravos et les youyous que vous n’aviez cessé de leur lancer au début, juste parce que vous aviez vu qu’ils avaient commencé à faire le travail pour lequel ils sont si grassement payés. Pourtant, ce sont exactement les mêmes que ceux que vous critiquiez quelque temps avant que le vilain virus Covid19 ne vienne les rendre à vos yeux, miraculeusement beaux et bosseurs.

On dit souvent qu’on a le gouvernement qu’on mérite, moi je dirai qu’on a aussi le châtiment du gouvernement qu’on a laissé se former, qu’on a laissé parler en notre nom, qu’on a laissé nous fouetter, qu’on a laissé faire toutes les bêtises qu’il voulait ou qu’on lui avait ordonné de faire, et après, qu’on siffle et qu’on applaudit, qu’on critique et qu’on félicite, qu’on ridiculise ou qu’on idéalise, bref, qui nous sert de coffre-douleur et en même temps de faire-valoir, alors que, entre se moquer et rire, il faut absolument choisir.

En vérité, en disant cela, je ne voudrais ni me dédouaner ni m’exclure pas du lot. Si nous avons ce gouvernement, avec ce qu’il a de bien et surtout de nul, de mieux et surtout de pire, de logique et surtout d’incohérence, de dynamique et surtout de somnolence, c’est parce que nous avons tous contribué, chacun selon son engagement, sa passivité ou son absence, à lui donner l’occasion de nous mener en bateau, de se comporter avec nous comme avec un troupeau, et de nous utiliser comme des souris de labo.

J’en arrive au sujet du jour, pour ne pas dire de l’année, le sujet qui fait l’objet de toutes les polémiques, qui soulève toutes les passions et qui risque de rendre dingues élèves, parents d’élèves, étudiants, enseignants, directeurs d’écoles, doyens de fac, proviseurs de lycées, recteurs d’universités, ou simplement vendeurs de pépites, de bonbons et de ballons devant les établissements. Oui, il s’agit bien de cette rentrée scolaire qui a fait sortir de leurs gonds toutes les mamans et tous les papas du pays, et même parfois les mamies les plus sages et les papis les plus gentils conciliants. Trop c’est trop, ont-ils crié en chœur !

Personne ne sait plus à quel saint se vouer. C’est vrai, et il faut le reconnaître, les gouvernements du monde entier cherchent toujours la solution idéale, parce que le problème n’est pas du tout simple, mais ce n’est sûrement pas en jetant la patate chaude aux parents et aux tuteurs, qu’on va le résoudre.

Justement, parlons-en de cette patate chaude.

Qu’est-ce que ça veut dire que “l’enseignement sera présentiel ou à distance, et que c’est aux parents de choisir ? Choisir entre quoi et quoi ? Entre, d’une part, le néant, le flou, l’incertitude, le risque de tomber malade, de contaminer les autres, de créer un foyer actif, de le déplacer chez soi, dans sa résidence, dans son quartier, et j’en passe et des pires, et, d’autre part, le virtuel, l’hypothétique, le pas encore clair, le pas encore maîtrisé, le pas encore généralisé, le pas encore démocratisé, le toujours cher, le pas accessible à tous, et la liste est encore longue et fastidieuse ?!?

J’écoutais l’autre soir à la télé le directeur d’une académie régionale, des photos institutionnels bien choisies, et des trophées et des prix et bien placées derrière lui, réciter ce que son ministre lui avait dicté, en rejetant en bloc toutes les craintes des élèves et de leurs parents, et en chassant toutes leurs interrogations et leurs angoisses d’un revers de la main. Son argument-bateau était le suivant : “le ministre n’a fait qu’appliquer deux articles fondamentaux et sacrés de la constitution : le droit à la santé et le droit à l’instruction”.

Mais, de quelle santé et de quelle instruction parlent-t-il ? Où vivent ces gens et avec qui vivent-ils ?

Le peuple tout entier n’est pas convaincu des conditions de cette rentrée telles qu’on lui a présentée, et ce type et son ministre, veulent le persuader, alors qu’ils ne le sont certainement pas eux-mêmes, que cette solution est la meilleure, parce que, selon eux, “elle est conforme à la constitution”.

Ne me demandez surtout pas quelle solution je préconise, parce que je vous jure que je ne sais pas. Je ne suis pas ministre, moi.

Plaisanterie à part, même si n’ai plus d’enfants en âge d’aller à l’école, je m’inquiète vraiment pour mes petits-enfants et pour tous les autres enfants. On a peut-être le gouvernement qu’on mérite, mais personne ne mérite de voir ses enfants partir à la dérive ou servir de cobayes.

En attendant d’avoir un jour un gouvernement qui réfléchit, pas qui fléchit, qui agit, pas qui subit, je vous souhaite un très bon weekend et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma