Mustapha Majdi
Ces derniers jours m’ont laissé anéanti devant tant d’horreur programmée. Je suis atterré par cet acte inqualifiable, l’assassinat par décapitation d’un professeur d’histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, perpétré vendredi dernier par un fanatique, au nom d’une religion, l’islam.

En tant que musulman, faut-il m’abstenir de m’exprimer sur ce crime parce que quoi que j’en dise, cela ne servirait à rien, tant « l’islamophobie » est ancrée en France ? C’est un devoir de condamner de tels actes. La barbarie ainsi exprimée me blesse à la fois en tant que citoyen et en tant que musulman. 

Rien, absolument rien, ne peut justifier un assassinat.  l’islam n’est pas ça. Que dire, à part, exprimer mon effroi, condamner ce crime, manifester ma compassion et adresser mes sincères condoléances à la famille de l’enseignant qui a perdu la vie pour avoir assuré un cours sur la liberté d’expression. Que faire, si non, avouer notre impuissance, à nous tous, juifs, chrétiens ou musulmans…, croyants ou non croyants, devant ces actes criminels dont les répercussions creusent encore plus les incompréhensions, attisent les haines et favorisent les sentiments les plus vils chez certains. 

Face à la société d’aujourd’hui qui ne nous renvoie qu’égoïsme, intolérance, racisme, haines multiples, guerres…, ce qui nous reste, c’est continuer de promouvoir la solidarité, la tolérance, l’esprit d’ouverture, tout ce qui peut nous rendre meilleurs. Nous, citoyens musulmans ou, comme moi, musulmans ayant choisi de vivre en France et installés de manière permanente, notre présence nous donne une responsabilité particulière.

Expliquer avec pédagogie les préceptes de la religion musulmane pour casser certains clichés qui l’entourent afin de sortir des confusions, des raccourcis et les généralisations abusives qui accompagnent les réflexions sur l’islam et les musulmans. Edward W. Saïd, universitaire palestino-américain, décédé en 2003, faisait remarquer que : « … Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps. […] Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui couvre 1 milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences distinctes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé : Islam ».

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la religion musulmane est considérée par certains, « fondamentalement violente et conquérante, et qu’elle mène nécessairement au terrorisme, contrairement au christianisme, qu’il suffit de lire le Coran, truffé de menaces et d’imprécations en tout genre pour s’en convaincre. ».

Le philosophe Jean-Claude Saint-Onge dans son ouvrage intitulé « Dieu est mon copilote », s’élève contre cette vision trop simpliste. Il présente une relecture des Livres saints des trois religions monothéistes (l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran). L’auteur montre qu’aucun d’entre eux n’est plus ou moins violent que l’autre. Dans chacun de ces livres, des messages de paix et d’amour sont submergés par des appels au meurtre et à la vengeance. 

Dans le même registre, le journaliste Alain Gresh a publié dans le Monde Diplomatique, un article intitulé « Islamophobie » dans lequel il confondait deux extraits de l’Ancien et du Nouveau Testament qui, de par le sens qu’ils recèlent, pourraient faire croire que ce sont des extraits du Coran : « Le seigneur ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu’à ce qu’elles soient exterminées. Il livrera leurs rois entre tes mains, tu feras disparaître leur nom de sous le ciel, aucun ne tiendra devant toi, jusqu’à ce que tu les aies exterminés. » (Extrait de l’Ancien Testament (Deutéronome 7, 23 et 24). « Le chef de la femme, c’est l’homme […] Si la femme ne porte pas le voile, qu’elle se fasse tondre. […] L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l’image et le reflet de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme. […] Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance.» (L’apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens 11 : 3, 6, 7, 9 et 10).

Et pour être complet, si je puis dire, voici un verset du Coran : « Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand! » 

Alain Gresh concluait son article par cette injonction adressée par Bernard Pivot au grand islamologue Jacques Berque : « Vous avez trente secondes pour dire aux Français si oui ou non le Coran est une machine de guerre contre eux. » 

Il n’est nullement question de renier ou de tenter d’ignorer ces crimes commis au nom de l’islam, mais pour les combattre ensemble, il est temps d’en finir avec les raccourcis, la mauvaise foi et les stigmatisations.

Mustapha Majdi, Acteur associatif, ancien dirigeant d’un Cabinet de conseil en organisation d’entreprise.