Par Abderrahmane LAMRANI

On lit les publications et les propositions des uns et des autres concernant le nouveau modèle de développement – NMD, et l’on est vraiment frappé par l’amalgame qui s’opère entre trois niveaux ou paliers (du moins c’est ce que l’on ressent ): à savoir le niveau du référentiel politico -doctrinal, le niveau des politiques sectorielles qui, normalement, sont des expressions pratiques du référentiel politique dans des domaines aussi diversifiés que l’emploi, l’enseignement ou la santé, et enfin, le troisième niveau, celui des mesures qui doivent être prises en exécution des politiques sectorielles .

Les trois niveaux à ce que l’on constate, se juxtaposent, se chevauchent et sont parfois présentés comme interchangeables, et l’on passe aisément d’un pallier à l autre sans précaution méthodologique aucune et sans que l’on puisse déceler un ordre de filiation, qui ferait, en toute bonne logique, dépendre le programmatique du politique, ou les mesures partielles des politiques sectorielles.

Le comble, c’est que cet amalgame ne se fait pas sentir chez les seuls théoriciens (de l’économie) chose à la limite excusable, le fait est qu’on le retrouve aussi dans les écrits ou publications de plusieurs organismes , des think tank dont la vocation est d’être pourvoyeurs de conclusions pratiques adossées à des choix sectoriels bien délimités. 

Franchement, j’étais étonné et surpris, à ce niveau, par le degré de généralité des propositions et orientations du conseil économique et social au sujet du NMD (du moins par ce qui a été rapporté par la presse).
J’avoue être resté sur ma soif en lisant les propositions de cet organisme .

Revenons à la question de l’amalgame des palliers et de ses conséquences pratiques .

Beaucoup de participants aux débats sur le NMD ne font dévoiler aucun référentiel politique ou doctrinal, et l’on a du mal à déchiffrer leurs affinités, sont-ils keynesiens, shumpeteriens, Rawlsiens, libéraux, monétaristes ou bien sociaux-démocrates ?

Sont ils souverainistes protectionnistes ou au contraire libres échangistes et globalistes ??

Rien n’en est apparent. Rien n’est déchiffrable.

On a le plus grand mal aussi à déchiffrer dans les « set » ou paniers de ce qui est présenté comme politiques sectorielles, ce qui relève logiquement, vraiment, de ce pallier, de ce qui n’est qu’un ensembles de mesures ponctuelles, circonscrites et de courte haleine.

Le résultat:

Se produit un drôle d’échange de places et de rôles entre le domaine du référentiel politique (celui de la production des normes et des choix qui est en principe l’affaire de la classe politique), le domaine des politiques sectorielles (qui est celui des experts et des savants) et celui, enfin, du domaine des mesures concrètes (qui revient normalement à l’administration).

Résultat secondaire : 

Le politique se met dans le rôle de l’expert et la technostructure se double d’une tête de politique. Et le résultat, en fin de compte, est le même, dévastateur pour l’ordre du discours et de l’action. Ni éthique de conviction (pour paraphraser Max Weber ) clairement délimitée, ni éthique de responsabilité sciemment assumée .

Troisième résultat. Il devient difficile de savoir qui dit quoi et qui fait quoi et pour quel dessein!

Saurons nous éviter cet amalgame des genres ?

On l’espère, bien entendu.

Pr Abderrahmane LamraniPolitologue, Universitaire, Ancien Député et Dirigeant de l’USFP. Il est membre du CNDH