Je m’excuse pour ce titre assez long, inspiré de celui d’un célèbre livre d’un non moins célèbre fils de pub, même si lui parlait plutôt de pianiste et de… maison close. Après tout, je pense que le sujet que j’ai choisi pour cette présente chronique n’en est pas trop loin. 

Cette histoire de pension de retraite des parlementaires aurait pu être réglée, en catimini, juste entre eux, sans que le peuple ne n’y mêle, ne serait-ce que parce qu’il a d’autres virus à mater. 

Et bien, non ! Il a fallu qu’un de nos honorables députés, et néanmoins maire d’une grande ville et ex porteur d’un gros portefeuilles de ministre, fasse une sortie d’anthologie, criant devant les caméras du parlement sa colère contre tous ces “soi-disant influenceurs” qui veulent le priver, lui et ses collègues de ‘travail”, de leur petite pension de retraite, plus que méritée à ses yeux.  

J’ai vu,  un peu malgré moi, la prestation de ce bonhomme, et je vous assure qu’elle ne m’a pas du tout fait rire. Le rire, c’est vrai métier, et il y a d’excellents professionnels qui d’ailleurs ne manquent jamais de tourner les politiciens en dérision, et pour cause. C’est le grand Coluche qui a dit un un jour : “Je ferais admirablement remarquer aux hommes politiques qui me prennent pour un rigolo que ce n’est pas moi qui ai commencé”

Je reviens à notre député-maire-et néanmoins ex-ministre. Lui, franchement, aurait bien fait d’être plus discret, surtout en ce moment où on est en train de lui reprocher la présumée mauvaise gestion de sa mairie, notamment sur un certain marché qui aurait été attribué sans respecter les règles d’usage. Certains pourraient me rétorquer qu’à la veille des élections, on serait en train de lui chercher des poux. C’est normal. Il est censé faire de la politique, et il devrait savoir que les politiciens sont tout sauf des enfants de choeur. Lui-même, du temps où il était dans l’opposition – je parle de celle avant qu’il ne devienne ministre et qu’il ne soit formaté pour ne plus dire que ce qu’il peut dire – lui-même, disais-je, n’arrêtait pas de dénoncer du matin au soir les dysfonctionnements réels ou supposés de la gouvernance de ses adversaires politiques, lesquels d’ennemis jurés sont devenus parfois associés et partenaires. 

Le pauvre ! À l’entendre parler et à le voir presque chialer la dernière fois, on aurait dit qu’il n’avait pas de quoi diner le soir. “Vous voulez qu’on travaille gratuitement ? Avec quoi on va vivre, alors ? ” S’était-il écrié en faisant de grands mouvements de bras comme pour menacer les empêcheurs de gagner sa vie en rond. “Vous n’êtes que des “populistes” ! 

Ah bon ? 

sc xOn parlera du populisme plus tard, et on va commencer d’abord par parler de votre “travail gratuit”. 

A ma connaissance, vous n’avez pas été recruté sur la base de votre diplôme et de votre CV, mais élu au suffrage universel ou professionnel, sur la base de votre programme et de vos promesses électorales. La rétribution qui vous est accordée et que très peu vous contestent, n’est pas considérée comme un salaire, mais comme des indemnités, afin de vous permettre de prendre en charge tous les frais que vous allez devoir engager, en termes de transport, repas, charges de bureau ou autres, pour mener à bien la mission qui sera la vôtre. Parce que, justement, député n’est pas une profession, mais une mission choisie librement par un candidat ou une candidate qui n’a jamais été forcé(e) par personne pour l’accepter.

Vous devez être heureux que personne ne fait de compte avec vous à la fin du mois, ni de vous demander d’apporter tous les justificatifs de vos dépenses. On n’a qu’à jeter un coup d’oeil sur les bancs souvent vides de notre parlement pour en déduire que très peu dépensent réellement à bon escient l’argent qu’on leur donne. Et je ne parle même pas de la période actuelle exceptionnelle où la majorité des élu(e)s   – de la majorité comme de l’opposition – ne mettent plus les pieds au parlement depuis plusieurs mois. Est-ce que quelqu’un leur a demandé de rembourser quoi que ce soit ou de rendre l’argent ?  

Quant à la retraite, je n’en dirai rien, parce que  je suppose que tout le monde aura compris que c’est une aberration autant éthique que politique, et puis parce qu’elle va bientôt disparaître, n’en déplaise au député-maire-et néanmoins ex-ministre, que ses ami(e)s du parti devraient lui administrer une bonne fessée déculottée car il ne leur a pas du tout rendu service. 

Enfin un dernier mot sur le “populisme” dont a accusé Monsieur Biliki tous ceux et toutes celles qui montrent du doigt les mains qui se servent illégitimement dans les caisses de l’Etat. Ce mot, si ce n’est pas lui ni ses camarades de son parti qui l’ont inventé, ils en ont toujours été les plus grands adeptes. C’est même grâce à leurs discours  populistes qu’aujourd’hui, lui, entre autres, est à la place où il est, en train d’engueuler le peuple qui l’a élu. 

Tant pis pour le peuple et tant pis pour nous.

En attendant… en attendant  … plus rien du tout, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis, à vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma