Les narratifs et les perceptions culturelles sont un moyen important pour une jeunesse qui agit et interagit. Le sont encore plus lorsque c’est cette catégorie même qui devient sujet de perception et autour duquelle un nombre de représentations sociales se structurent. Les jeunes cherchent et se recherchent au-delà d’une étiquette de l’errance et du néant. Ils ont intérêt à se réapproprier de leurs images et se représenter au-delà des idées importées et non concertées.


La vague de soulèvements qu’a connu la région depuis 2011 nous a montré que nous ne pouvons plus traiter les jeunes comme des personnes dépendantes et passives. Il y a un sentiment de résilience et un refus d’attente jusqu’à la grande intervention pour recevoir des avantages éphémères. Les jeunes n’étant pas reconnus comme des agents légitimes du changement, ni habilités à s’acquitter de cette responsabilité, veulent aujourd’hui et plus que jamais, des alternatives co-conçues, durables, et favorables à basculer la doxa qui domine et les classifie dans un état de stress et d’orage générationnel. Ils veulent un soutien préparatif, ils veulent des opportunités, ils veulent se “sauver” eux-mêmes.


En dépit de l’embrassement apparent des discours sur la jeunesse, on voit émerger des stéréotypes négatifs considérant les jeunes en tant que problèmes, pathologies et déficits, parfois même chez ces jeunes à force de se sentir ciblés, vulnérables et non productifs ! Ce qui a entraîné une prévalence de frustration, d’impuissance, d’aliénation et de dépendance.

De nombreuses institutions considéraient encore les jeunes comme un groupe dépendant et bénéficiaire. Cette logique, en dépit de sa bonne foi, n’est aucunement structurante ou inclusive. En effet, les jeunes sont des agents et des partenaires de développement. Qui saurait les représenter si ce n’est eux pour apporter leur édifice social ?


La politique nationale de la jeunesse ne doit pas viser simplement à soutenir l’ordre existant, mais à mouvoir et transformer la société de manière transverse, inclusive et durable. Son absence dans le jeu de règles est un véritable trou qui paralyse le corpus réglementaire et entrave le développement dans son ensemble. De plus, le défi de redresser les exigences sociales a mis en évidence la nécessité de comprendre d’abord les concepts de base du développement avec attention aux particularités, à savoir les narratifs répandus et les perceptions communes avant de les sous-tendre en actions. Ces perceptions, ne sont-elles pas finalement qu’un ensemble d’idées construites, propagées et reçues ?


Dans un monde qui se globalise, la catégorie sociale et l’identité de la jeunesse ne sont pas universelles et non plus locales : Les jeunes peuvent probablement constituer un seul corps parlant d’un point de vue démographique, mais, l’erreur, semble-t-il, est de vouloir généraliser leurs besoins. De quelle composante jeunesse parle-t-on dans les discours politique ? de la jeunesse urbaines, rurales, scolarisée, non scolarisée, etc. ? Pourquoi stagne-t-on à généraliser, à favoriser les constructions collectives et à dénigrer la pensée individualiste ? Certes morcelée, cette dernière n’advient-elle pas finalement collective par une vue d’en haut; où tout individu, individualiste ou individualisé, participe au développement à sa manière, pour son bien-être, indépendamment des itinérances collectives ? Un aboutissement de la communauté n’est il pas une extension et une vue d’ensemble des individus qui la composent ?


Les jeunes doivent comprendre et faire comprendre qu’il est extrêmement utile de reconsidérer le cadre rhétorique pour appeler à un renforcement de cet ordre social et économique dominant qui tend à fragiliser et victimiser les jeunes au lieu de les renforcer et les responsabiliser.

La question de la jeunesse est envahissante dans les discours et les débats et est présente dans l’espace social. Elle est devenue une tendance et c’est pourquoi il faut éviter les discours pré-construits. 

Un travail de deconstruction s’impose pour ce dépolluer des préjugés sociaux à l’égard de la jeunesse. Certes, il peut prendre beaucoup de temps mais, il est indispensable pour dépasser cette ère transitoire « interminable».

Imane Lahrich, Consultante en stratégie et Spécialiste des mouvements sociaux.