Contrairement aux mouvements politiques ayant vu le jour durant les 20 dernières années, Maan présente la particularité de n’être pas sorti d’un parti politique suite à un conflit interne ou à une scission. Aucun passif politique. Mais les fondateurs ne sont venus de nulle part. Ils sont plus au moins connus dans les milieux associatifs. Maan, c’est un rassemblement de jeunes animés par la même aspiration de changement dont ils essaient de définir les contours par le biais du pénible exercice de la réflexion collective. Cet entretien est d’ailleurs un échange avec trois co-fondateurs de ce mouvement, en l’occurrence: Zakaria Garti, Hamza Hraoui et Salahedine Nabirha. AnalyZ 

1/ MAAN, de quoi s’agit-il au juste ?

il s’agit d’un mouvement politique issu de la société civile et qui transcende les idéologies. Concrètement, c’est l’illustration d’un engagement au service d’un idéal : la démocratie marocaine. Car oui, les co-fondateurs de Maan y croient.

2/ Le moyen terme pour MAAN, ça serait quoi ? 

Nous nous projetons d’abord sur le présent. Et le présent se traduit par des projets, des prises de positions, des rencontres et de l’écoute de nos concitoyens. L’année 2019-2020 sera marquée par deux initiatives qui nous tiennent à cœur. La première est Istima3, par exemple, une consultation citoyenne et qui s’étalera sur toute cette année. Nous voulons identifier avec les Marocains les sujets essentiels qui pourraient améliorer le quotidien des gens : cela peut aller de l’éducation à la santé, en passant par le logement et l’emploi. L’idée derrière est de développer une nouvelle manière de concevoir des idées politiques : en les pensant avec les Marocains, tous les Marocains. 

La seconde est Tamkine que l’ont traduit par émancipation ou Empowerment en anglais. Il s’agit de créer des espaces d’accueil des jeunes et des moins jeunes, au sein desquels nos membres apporteront écoute, support et orientation. 

Nous voulons et avons déjà commencé à prendre des positions sur différents sujets qui intéressent les marocains, des sujets à la fois politiques et économiques. Nous venons de publier une contribution au débat autour des réformes fiscales (en marge des Assises Nationales de la Fiscalité) et publierons dans les jours qui viennesnt notre charte politique. 
En somme, nous agirons sur le plan local et nous encouragerons le débat sur le plan national.

3/ Et le long terme ?

Le long terme c’est justement de proposer des idées politiques co-construites avec les Marocains et de les défendre ensuite. C’est en fait la restitution de la phase d’écoute Istima3. Elle se fera à horizon fin 2019. Mais notre objectif ultime reste de fédérer les marocains autour d’un idéal commun de démocratie. 

4/Votre philosophie en 2 lignes ?

Réinventer l’engagement politique pour le Marocain, en lui donnant envie de prendre positon et de décider pour son pays. 


5/Comment peut-on réconcilier le marocain avec la politique ?

En allant lui parler, et sans le décevoir. Le Marocain a connu de nombreuses expériences politiques et toutes n’ont pas répondu à ses attentes. Le taux d’abstention parle de lui même. Il faut que nos concitoyens s’identifient aux femmes et hommes politiques pour d’abord y croire, et traduire cela en un engagement concret, comme participer à des élections par exemple. Nous pensons également qu’il est possible de réconcilier le Marocain avec la politique, en apportant des solutions aux jeunes au niveau des communes et des arrondissements, et ce, en combinant différents vecteurs tels que le sport, la formation et l’engagement citoyen. 

6/Quelles seraient, d’après vous, les grandes priorités d’aujourd’hui ?

Nous sommes en train de les identifier avec les Marocains, mais on peut d’ores et déjà parler de défis liés à l’enseignement et à la santé ainsi notre système de gouvernance politique. 

7/Les marocains seraient-ils, d’après vous, en manque d’idoles politiques ?

Peut-être. Il est vrai que nous vivons hélas une léthargie politique depuis plusieurs années. Mais le Maroc a prouvé qu’il était capable de produire de grande figures politiques et des intellectuels… nous avons toutes les raisons de croire en un renouveau. En tout cas, les talents ne manquent pas dans notre pays ! Au delà des grandes figures, nous pensons que le changement arrive quand des gens ordinaires s’engagent collectivement pour revendiquer des choses simples. Même si nous reconnaissons l’importance du leadership, mais nous ne voulons pas reproduire le schéma Zaim – disciple /militant qui a tant marqué le paysage politique dans notre région. 

8/Et ceux qui vous accusent d’être des « fils à papa » ?

Plusieurs de nos fondateurs sont issus de l’école publique marocaine. Ils parlent les langues nationales et connaissent l’histoire de leur pays. Que ce qui nous accusent d’être des « fils à papa » viennent debattre avec nous et qu’ils nous expliquent d’abord ce que c’est qu’être fils à papa. Nous n’avons pas peur de la confrontation des idées si elle est au service du citoyen et de la vie politique. Mais ne comptez pas sur Maan pour commenter les petites phrases 🙂

Par AnalyZ