En vérité, je n’avais aucune envie de vous parler de ce sujet dont on en a que trop parlé, mais je suis persuadé qu’il est parfois vital de ne pas passer sous silence certains sujets, fussent-ils très désagréables. En d’autres temps, en d’autres lieux et en d’autres circonstances, cette histoire de jeunes filles belges en petit short d’été m’aurait amusé ou tout au plus titillé ma curiosité coquine et somme toute naturelle de mâle amoureux de belles natures.

Mais cette fois-ci, elle m’a écoeuré et révolté, comme elle a d’ailleurs écoeuré et révolté bon nombre de mes concitoyens et de mes concitoyennes.

Si vous vous souvenez bien, ce n’est pas la première fois que des esprits tordus, complexés, frustrés, bref, malades, se manifestent et se sont fait remarquer par leur remarques pitoyables et d’un autre âge. Rappelez-vous, il y a 4 ou 5 ans, l’histoire des deux jeunes femmes au souk d’Inezgane, et leur agression par la foule qui avait jugé leurs jupes trop courtes; et, tout récemment, le holà faussement outré, poussé en choeur par les patrons de son propre parti, contre une jeune parlementaire qui aurait failli à son devoir religieux et partisan en se libérant de son foulard et en montrant sa chevelure dans un pays, de surcroit mécréant.

A croire que certains font une fixation sur les femmes et sur ce qu’elles portent ou… ne portent pas. Sauf que cette fois l’affaire est beaucoup plus grave et beaucoup plus inquiétante.

Avant, ces faux dévots voyeurs ne s’intéressaient qu’aux corps pas assez couverts à leur goût des femmes du bled, mais, aujourd’hui ces dérangés de la tête sont dérangés aussi par les corps étrangers. De ces jeunes femmes belges venues apporter une aide bénévole et désintéressée à des populations délaissées par leurs propres responsables et leurs pas toujours propres élus, ces gardiens du temple, à qui ni Dieu ni ses saints ne leur ont rien demandé, n’ont vu que leurs têtes nues et leurs shorts courts.

On leur a même prêté je ne sais quel complot occulte et obscur contre notre pays et ses fondements “sacrés”. Je vais commencer par ce sombre personnage qui se dit représentant du peuple et défenseur de la morale et de la religion, et qui n’a même pas eu le courage d’assumer jusqu’au bout ses convictions rétrogrades et ses propos moyenâgeux. Quant à son parti qui, dois-je le rappeler dirige actuellement le gouvernement, il n’a non seulement pas encore dénoncé le dérapage verbal de son représentant, mais il n’a pas non plus, à ma connaissance, exprimé une position officielle sur cette bien triste affaire. 

A mon avis, il faut le pousser à prendre position ou le pousser à partir.

Trop, c’est trop ! Nous n’avons plus le droit de laisser n’importe qui dire et faire n’importe quoi !

Maintenant, j’en viens à cet autre obscur personnage, cet enseignant du primaire aux idées primitives. Je sais que des comme lui, il y en a à la pelle dans notre pays et ailleurs, sauf que lui, l’imbécile, a osé exprimer publiquement ses envies terroristes et ses désirs macabres. Mal lui en a pris, puisqu’on sait ce qui lui est arrivé tout de suite après. 
Alors, tout en saluant le travail rapide et efficace de notre police nationale et de nos services de sécurité, je vais me permettre de leur faire, ainsi qu’à nos politiques et à nos médias, un reproche d’ordre purement professionnel.

Très franchement, je ne vois pas qu’elle était l’utilité, aussi bien sur les plans politique que communication, de donner autant de précisions dans le communiqué annonçant l’arrestation de ce sinistre énergumène. 

En effet, je n’ai pas du tout compris ce qui obligeait nos communicateurs à préciser que cet apprenti-terroriste avait appelé à la “décapitation des bénévoles belges” ? 
Pour moi, cela n’a rien à avoir ni avec le devoir d’informer. Il y a bien des informations qu’on ne nous divulgue pas “ pour ds raisons de sécurité”, et que nous comprenons parfaitement. D’ailleurs, ces dernières années, on a procédé à beaucoup d’arrestations, notamment dans les milieux extrémistes, sans qu’on nous donne, à très juste titre d’ailleurs, la moindre information sur les intentions réelles et précises des personnes arrêtées.

A mon avis, c’est cet excès de zèle, qui était sans doute de bonne foi, qui a ameuté et fait réagir autant les responsables belges que les médias internationaux. Et du coup, le Maroc est redevenu, aux yeux de l’opinion internationale, subitement, une “destination dangereuse”. Cela est très regrettable et aurait pu être évité. 
Et maintenant, que devons-nous faire ? 
Il ne faut plus se taire et ne plus laisser faire.

Toutes les forces vives et éclairées de notre pays doivent se mobiliser, par tous les moyens, pour défendre la ligne moderne, moderniste et libératrice que nous avons choisie.

Il y va de notre vie et de notre avenir.

Très bonne fête et à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma