Depuis des mois, la réflexion entamée par plusieurs acteurs de la vie active sur la construction d’un modèle de développement porte plusieurs idées fondatrices sur ce que peut devenir un projet de société.

En guise d’introduction, il est important de rappeler que la démarche en cours suscite plusieurs interpellations quant à l’analyse des discours, mais aussi dans la compréhension des logiques d’intervention des différents acteurs pendant les séances d’écoute organisées par la Commission Spéciale chargée du Modèle de Développement.

Dans ces temps de réflexion, il ne faut pas perdre de vue qu’un Modèle de développement ne porte pas le sens de la traduction en politiques publiques. Il s’agit clairement de la mise en œuvre des paradigmes de développement, c’est-à-dire que dans un premier temps, le Maroc procèdera au développement de son modèle. Puisque nous parlons d’un « nouveau », ce qui explique que nous avons déjà vécu d’autres, un au temps du protectorat et un deuxième au temps des politiques de développement entamés par feu Hassan II.

A l’heure de cette agitation intellectuelle qui doit être portée par toute l’élite marocaine, il ne faut pas perdre de vue que la première tentative de réflexion doit être portée par l’Etat lui-même. L’Etat a besoin de repenser son système de traduction de ses politiques. Or, aujourd’hui nous assistons à des éléments paradoxes, et qui fondent ce modèle maroco-marocain :

  • Tradition Vs Modernité

A l’image des réalités sociologiques et politiques de l’Etat, nous avons besoin de comprendre le fonctionnement du processus de traduction des projets de développement de l’Etat. Sommes-nous un pays moderne ou traditionnel ? Avons-nous besoin de la tradition pour asseoir notre système de valeurs ? Tradition et modernité peuvent –elle fonctionner ensemble dans un Etat qui cherche à se moderniser ? Voulons-nous trancher sur ces questions ?

  •  Public Vs Privé

Devant ce paradoxe auquel le marocain aspire une cohérence porteuse de nouvelles dynamiques. On se pose la question du sort du public en sa relation avec le privé.

Aujourd’hui, le modèle marocain doit soutenir le public, pas au détriment du privé, mais en tentant de répondre à ce paradoxe qui est d’assurer le plein emploi et de faire face à une économie de rente qui n’encourage ni le public ni le privé. Nous nous retrouvons avec un privé qui souffre encore de plusieurs problèmes, vu qu’il est décomposé, et mal orienté et devant le public qui n’arrive pas à optimiser ses ressources pour le développement du pays.  

  • Central Vs local

Devant le grand projet que l’Etat souhaite mettre en œuvre, son rôle se voit limité, en même temps qu’il ne le souhaite pas, il cherche à faire avancer l’appareil local ou régional. Devant ce paradoxe, l’Etat se trouve dans l’obligation de revoir sa politique centralisée et céder la place aux institutions régionales qu’il faut appuyer pour assurer le passage d’un Etat central à un Etat régional.

  • Urbain Vs Rural

L’un des plus grands défis du Maroc de demain est celui d’assurer un rééquilibrage entre le monde urbain et le monde rural. Un défi lourd et qui a besoin de repenser le virage territorial. Nous vivons une croissance urbaine sans antécédent, une polarisation des activités sur le littoral et particulièrement dans le pole Nord de Tanger, et puis entre Kénitra et El Jadida, on se retrouve avec de grands centres urbains, des territoires en voie de métropolisation. La vision de l’Aménagement du territoire est très intéressante et doit être prise en compte dans le processus de transformation et de cohésion des territoires, notamment avec la mise en œuvre des centres ruraux émergents. De même qu’il faut s’assurer que les aires sensibles doivent aussi être prises en compte dans cette réflexion, notamment la problématique de la Montagne.

  • Sectoriel Vs Territorial 

 La vision sectorielle de l’Etat sur les différents domaines (Agriculture, Eau et services de bases, Tourisme, Artisanat, industrie) a largement montré ses limites dans la compréhension des réalités des territoires. Aujourd’hui et plus que jamais, ce modèle a atteint ses limites et il faut repenser ces actions par une synergie différentielle en qualifiant la dimension territoriale comme la plus pertinente pour repenser les stratégies sectorielles dans le même territoire. 

  • Riches Vs Pauvres

Le grand dilemme auquel les marocains font face, et là, il me semble qu’il est intéressant de pousser la réflexion pour comprendre que le Maroc des inégalités et disparités spatiales et sociales ne doit pas continuer à se creuser, et quelque part, le modèle doit porter une vision claire sur ce que c’est un riche et un pauvre. Par rapport à quoi ? Une mesure de la pauvreté multidimensionnelle permet-elle de lire les réalités de nos territoires ? Que représente le riche dans une société de pauvres ? Des éléments de réponse s’imposent.

Tariq AKDIMChroniqueur, économiste des territoires. Il est aussi Directeur de rédaction de la Revue Adrar Voice