Que se passe t-il vraiment ?

Le Maroc est t-il en mesure de construire ce modèle alors qu’il souffre encore de véritables problèmes en matière d’infrastructures. Certains déclarent qu’il progresse en infrastructures et régresse en culture. L’image qu’on peut porter devant les évènements tragiques dans différents territoires du pays montre qu’il n’y a pas seulement de limites en ressources humaines, en élites compétentes et courageuses pour faire face à une économie de rente, bien au-delà, c’est un problème de diagnostic et de prise de risques afin de faire face aux aléas climatiques.

Que faire ? Entre désenchantement et espoir.. Des discours diffèrent, certains appellent à une remise en cause de la responsabilité de l’Etat et des responsables locaux. D’autres appellent à la réédition des comptes avant même de penser à un remaniement. Le modèle ne peut pas se construire sans déconstruire et reconstruire. C’est-à-dire qu’il doit y avoir un appel de la part de toutes les institutions de consultation, mais aussi des grandes institutions comme le Haut Commissariat au Plan (HCP) à une véritable enquête scientifique sur les défis majeurs du pays, les menaces futures quant au réchauffement du climat, notamment avec cette tragédie des incendies de l’Amazonie, et les opportunités quant à la livraison de nouveaux financements pour la mise à niveau des territoires en décadence.

Des routes nationales coupées à cause des inondations, des incendies dans l’une des plus belles oasis habitées face à des services de secours très limités et il suffit simplement de quelques secondes pour enclaver toute une région !

Aujourd’hui, le gouvernement prévoit de créer une direction centrale au sein du ministère de l’intérieur pour la gestion des risques des catastrophes naturelles. Mais sérieusement, ce n’est pas une direction qui fera face à ces questions. Il faudrait en urgence mettre en place des cellules de veille et d’évaluation des projets avec des compétences pointues pour agir dans l’immédiat.

C’est pourquoi il ne faut pas perdre de vue la nécessité d’une véritable démarche territoriale si ce modèle tant souhaité n’est pas une simple œuvre de papier mais fera une véritable réflexion par l’action à travers toutes les composantes du territoire et surtout d’abord par le monde rural enclavé et méprisé par les couloirs du politique.

Aujourd’hui plus que jamais, la construction de ce modèle sera tributaire de l’engagement des acteurs locaux et de la société civile, de partenariats entre l’Etat et les collectivités territoriales pour que la responsabilité soit aussi partagée entre ces acteurs qui composent ces territoires et pour une clarté au niveau des attributions allouées à chaque secteur.

Le temps des territoires n’est pas le temps des mandats politiques, il faut renouveler voir même créer un changement en matière de projets locaux. Le drame qui s’est passé dans la province de Taroudant dans le village de Tizirt aurait été évité si l’étude technique du projet avait été menée en toute transparence. Il est temps de démocratiser les projets de territoires, il est temps de créer une véritable révolution des esprits, des manières de penser nos territoires.. Simplement de nos vies !

Tariq AKDIM,  Chroniqueur, économiste des territoires et Président du Club de pensée LOGOS. Il est aussi Directeur de rédaction de la Revue Adrar Voice