Par Abdellah El Hattach

La principale revendication de la rue algérienne, à savoir empêcher le président Abdelaziz Bouteflika de se porter candidat à un cinquième mandat à la tête du pays, a été obtenue. En invoquant l’article 102 de la Constitution qui dispose que le président peut être déclaré en état d’empêchement en cas de maladie grave et durable qui le place dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, l’institution militaire, dirigée par le général Ahmed Gaïd Salah, a pleinement respecté l’esprit et la lettre de la loi fondamentale. Bouteflika a en effet été déclaré inapte aux charges relatives à la magistrature suprême du pays ce qui a ipso facto déclenché la suite du processus constitutionnel, notamment la désignation d’un président par intérim, en la personne de Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation.

Le peuple, furieux, continue de demander la mise à plat de tout le système et appelle à la «chute du régime». La rue algérienne, non seulement ignore qu’elle joue avec le feu en réclamant le démantèlement des structures de l’Etat avec tous les risques d’implosion d’un pays majeur de l’Afrique du Nord et de la rive sud de la Méditerranée, mais se contredit en appelant en même temps au recours aux articles 7 et 8 de la Constitution qui stipulent que le peuple est la source de tout pouvoir et que la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple (…) et qu’il l’exerce par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne (…) par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus.

Et c’est exactement ce qu’a appliqué l’institution militaire. Elle a été l’instigatrice au recours à l’article 102 puis la garante de l’application des articles 7 et 8. Car aujourd’hui, le président par intérim, Abdelkader Bensalah, ne gouverne pas. Son seul rôle est d’organiser des élections présidentielles et générales dans les 90 jours et là, le peuple algérien, aura toute la latitude pour choisir son président et ses représentants.

Et pendant que le gouvernement technique expédie les affaires courantes du pays, il appartient aux forces vives du pays de s’organiser pour choisir celle ou celui qu’ils comptent porter candidat au scrutin du 4 juillet. Le peuple algérien doit désormais comprendre qu’il a déjà gagné. Son action souveraine maintenant est de faire le bon choix de celui ou de celle à qui il léguera, par les urnes, les pouvoirs de diriger le pays pour les cinq prochaines années. Et s’assurer de ne pas se retrouver dans le schéma irakien ou libyen.

Chez nous, au Maroc, on croirait que certaines voix -minoritaires heureusement- espèrent voir l’Algérie sombrer dans le chaos alors que toute déstabilisation de notre voisin aura des répliques aux retombées gravissimes sur le royaume, notamment sur le plan sécuritaire et social. Le seul rempart qui nous protège du chaos libyen, et des troubles au Mali et au Niger, est l’Algérie. Toute absence de structures solides de l’Etat en Algérie ouvrira une autoroute aux menaces contre nos frontières. D’ailleurs, et indépendamment de l’affaire du Sahara, le Maroc officiel n’a jamais exprimé de position contraire aux intérêts et à la stabilité de l’Algérie voisine.

Si nous avons toujours dit, haut et fort, que la stabilité de l’Algérie relève de la sécurité nationale marocaine, c’est justement dans l’intérêt de la paix et de la prospérité des deux peuples, marocain et algérien, dont l’intelligence a permis au premier en 2011, et permettra sans aucun doute au second en 2019, de puiser dans leur patriotisme respectif et leur destin commun pour repousser le chaos voulu par plusieurs milieux et planifié dans plusieurs capitales.

Abdellah El Hattach, Consultant – Expert en stratégies et affaires publiques