Aujourd’hui, j’ai une pensée particulièrement émue pour le grand Molière. Je ne sais pas pourquoi je me suis souvenu soudainement de lui. En fait, je sais pourquoi : parce qu’il écrit deux pièces de théâtre monumentales et inoubliables : “ Le malade imaginaire” et “Le médecin malgré lui”. D’ailleurs, dès que j’ai pensé à Molière et à ces deux œuvres, je me suis empressé d’aller les chercher pour les relire, histoire d’y trouver une hypothétique réponse aux nombreux questionnements qui me turlupinent depuis quelques jours, et je sais que je ne pas suis le seul.

La plongée dans ces deux pièces merveilleuses m’a fait remonter loin dans le temps, et plus précisément à l’époque où ma superbe prof de Français au lycée nous faisait étudier Molière, en insistant sur la dimension satirique et ironique de son écriture.

Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que l’ironie n’est qu’une forme profonde de clairvoyance, et la satire, une manière détournée de dire certaines vérités.


Loin de moi l’idée de donner un cours de littérature, mais j’ai pensé que revenir à des références historiques pouvait contribuer à mieux aborder le débat qui anime ces dernières semaines, pandémie oblige, les médias et particulièrement les réseaux sociaux dans notre pays, et qui concerne la situation pour le moins inquiétante qui règne depuis des lustres sur le secteur de la santé au Maroc. 
Si je devais pousser le bouchon un peu plus loin, tout en restant dans la littérature et dans les arts dramatiques, je pourrais suggérer des titres à de futures pièces de théâtre ou œuvres cinématographiques.

Voici quelques exemples : Le malade et les prix inimaginables”, “Les cliniques et les prestations imaginaires”, “Donne un chèque ou va crever ailleurs !”, “Vol au-dessus d’un bloc opératoire”, “Une clinique n’est pas un orphelinat”. “Les Fourberies du Docteur Misanthrope”, “Les misérables se saignent pour ne pas mourir” et un dernier titre, que je préfère : “ Le médecin qui n’aime pas les pauvres ”. 

Oui, je suis ironique. Oui, je suis satirique. Oui, je suis révolté. Parce que ce que j’entends ces tout derniers jours dépasse l’entendement, outrepasse l’insolence et surpasse l’indécence. 

Je vous assure qu’avant d’attaquer cette présente chronique, j’ai essayé de faire un travail sur moi, pour être le moins passionné et le plus objectif possible, mais trop, c’est trop ! 

On ne peut pas laisser faire n’importe quoi et laisser dire n’importe qui.

On n’a pas le droit de parler de la santé d’une personne, et donc de sa vie, comme on parlerait d’un vulgaire produit dans un vulgaire supermarché.

La santé d’une personne, et donc sa vie, n’est pas une simple marchandise qu’on prend dans ses mains, qu’on met sous le nez, qu’on soupèse et qu’on met dans le chariot ou qu’on remet dans le rayon parce qu’on n’aime pas ou parce qu’on n’a pas de quoi la payer. Les malades, avant d’être des patients, et donc des clients, sont d’abord et avant tout des êtres humains.

Il n’est pas normal qu’aujourd’hui nous soyons amenés à faire ce rappel primaire, essentiel, vital. Pourtant, il va falloir continuer de le faire ne serait-ce que pour résister à cette tentation de marchandisation de notre santé par une partie du corps médical de notre pays, et à leur tête certains patrons véreux de cliniques dites privées – je dis bien certains et pas tous – qui s’enrichissent d’une manière éhontée sur le dos de leurs malades.

Si nous ne le faisons pas, si nous ne les dénonçons pas, si nous acceptons, comme ils le souhaitent, comme une évidence que notre santé obéisse à la loi de l’offre de la demande, pire, au mieux offrant, à la loi du riche et du pauvre, de ceux et celles qui ont de quoi se soigner et de celles et ceux qui n’ont qu’à aller ailleurs. 
Justement, parlons-en de cet ailleurs.

Ce qu’on entend par “ailleurs”, ce sont les établissements hospitaliers publics, financés par les deniers publics, le fameux “argent du contribuable”. Or, nous savons tous que l’État marocain, et quel que soit le gouvernement qui le dirige, n’aura jamais assez de moyens pour offrir des soins de santé de grande qualité. Mais ce n’est pas une raison de laisser les loups et les ogres nous bouffer comme ils veulent
Les gens qui défendent la logique terrible de la santé privée, avancent qu’il s’agit d’investisseurs qui attendent un retour sur leur investissement. Oui, d’accord, mais pas au point de considérer leurs malades comme des machines à sous qui gagnent à tous les coups. 

Un médecin, avant d’être un “investisseur”, est un être humain qui a choisi ce métier d’abord pour soigner et pour atténuer la souffrance de son prochain. Sinon, il n’avait qu’à ouvrir une charcuterie ou une usine de saucisses.

En un mot comme en mille, un médecin est appelé à s’occuper des hommes et des femmes comme lui, des êtres en chair et en os, et pas de traiter des carcasses de viande pour les vendre comme un boucher. Voilà, je l’ai dit. . En attendant que certains de nos médecins, et surtout certains gros patrons fassent preuve de plus d’humanité, et en attendant que l’État soit un peu plus regardant dans leurs affaires, je vous souhaite une très bonne santé, un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma