Si nous nous refusons à juger, nous ne nous interdisons pas de comprendre, ou du moins de l’essayer. 

C’est une rencontre de très haut niveau qui s’est déroulée, le 05 Avril 2019 à la Médiathèque de Khouribga rassemblant artistes et acteurs culturels, chercheurs et concepteurs autour d’une exposition de l’artiste peintre Salma Belga sur l’Oucham chez la femme Amazigh, une projection du film “Au Royaume des radieuses” de Layla Morel, un conte en musique de Ahlem B. et un débat sur l’art comme vecteur de transmission culturelle.

Si le contenu de la manifestation était instructif, les discussions informelles ont été encore plus constructives et suscitent une curiosité ardente.

En effet, la tâche de préserver la mémoire collective est difficile lorsqu’il s’agit de l’art, car il y aura inévitablement une tension entre un objet inventé par un esprit subjectif et le fait objectif qu’il est censé représenter. 

De nombreux artistes utilisent l’art pour raconter des histoires sur une mémoire personnelle et culturelle devenant sujet d’interprétation, recréant le passé non pas comme un récit figé, mais comme une multiplicité de voix sous des angles divers. Cela nous permet de réfléchir doublement à notre histoire, à la manière dont elle a été façonnée et à la meilleure manière de documenter les événements à venir.

Certains artistes tentent de documenter les choses telles quelles afin de sauvegarder un “disque-dur” pour les générations futures et favorisent la continuité en préservant l’authenticité. Tandis que d’autres repensent le passé de manière différente pour changer (dans un sens évolutif) la perception de l’histoire et favorisent le changement en embrassant la modernité.

Les mémoires collectives sont façonnées et transmises notamment par les récits. Parce qu’elles interviennent dans les conceptions, le maintien et/ou la mobilisation des identités sociales, elles influencent le présent, mais elles sont également influencées par les individus qui les composent, les font vivre et se structurent à travers elles.

Par ailleurs, si la mémoire collective importe, c’est parce qu’elle implique que l’oubli collectif puisse se produire également. Et par souci de préservation, des mesures à l’échelon national s’entament pour valoriser ce bien immatériel, souvent interconnecté avec des éléments qui font opérer cette transmission culturelle et la véhicule, à savoir, la langue.

Si la diversité culturelle se constitutionnalise et s’institutionnalise, elle a du mal à se concrétiser et stagne entre le formel et le réel.

Qu’est ce qu’il y a de culturel dans les projets culturels ? Le ministère de la Culture et de la Communication dispose des rubriques sur son site comme : Festival, Patrimoine et infrastructures, puis activités régionales. Nous avons peut être mal compris la culture, ou mal conçu les projets culturels à ce qu’ils soient implémentés de la façon la plus large, la plus profonde, la plus décentralisée, la plus démocratisée et surtout la plus durable. Nous avons inscrit ces projets culturels, pourtant censés être projets de développement, dans une logique événementielle, cyclique, génératrice d’une approche culture/produit que d’une approche culture/processus.

Un nombre d’institutions culturelles fonctionnent en dépit de l’absence d’une politique culturelle transverse. Mais l’on ne remarque pas un renouvellement fondamental dans la conception et l’organisation managériale de l’art et de la culture ou encore leur voies de diffusion. 

Les difficultés auxquelles la transmission culturelle se heurte sont de deux sortes, me semble-t-il : les unes tiennent à la langue, les autres aux hommes. Elle deviendra levier du développement humain lorsqu’elle sera appréhendée loin d’un sens folklorique et festif. Elle opérera lorsque les artistes, dont les œuvres nourrissent à la fois l’intellect et les sentiments, font bouger la société, stimulent le débat et adoptent des communications à fort impact qui accompagnent leurs créations.

La culture marocaine est une culture versatile et elle ne peut pas ne pas l’être car inhibée entre changement et continuité. La solution est probablement entre les deux approches: Le changement dans la continuité! Mais la chose est plus facile à dire qu’à faire. C’est un enjeu qui ne peut s’opérer qu’au prix de tensions parfois d’autant plus graves que le monde moderne évolue lui-même à une vitesse accélérée. 

Les acteurs de la vie culturelle et artistique ont particulièrement intérêt à plaider pour une action publique en faveur de l’art et de la culture. Ce débat mérite une réflexion mûrie, et non une vision datée des politiques culturelles, s’il y en a, en effet !