A lire le titre de cette chronique, vous pouvez facilement enclencher un débat à double questionnement, la lecture dans la société, un vieux-nouveau sujet et l’être, une question paradoxalement tributaire du devenir de la lecture dans les sociétés mondiales en général et dans la société marocaine d’une manière particulière.

Lire apparait comme un exercice délicat et nécessite une véritable passion des mots et des lettres qui les composent, un véritable courage issu de la diffusion de la culture de lire. Cette affirmation ne passe pas inaperçu dans une société qui ne donne pas souvent accès à l’enfant au livre. Ce seul exercice de toucher, de sentir et de regarder un livre reste quand même peu vulgarisé dans les grandes villes comme Rabat ou Casablanca, encore de moins en moins dans le monde rural et dans les autres régions du pays.

Un constat évident qui nécessite des actions à plusieurs niveaux, d’abord à travers la société civile et particulièrement les associations ou par des initiatives individuelles comme celle des littératures itinérantes privilégiant l’accès au livre dans un espace ouvert et non plus fermé comme dans les librairies.

Cet accès à la lecture est aussi une affaire de l’Etat, qui aujourd’hui, doit changer les leviers d’actions et les outils avec lesquels il travaille pour faire de ces générations, englouties par le numérique, de véritables défenseurs de possibilités d’être. Une génération de jeunes acharnés de lecture, ouverte sur le monde culturel universel est une génération capable de débattre, d’échanger les regards et les expériences et serait une génération qui aime découvrir, puisque lire, c’est aussi faire voyager l’esprit au-delà des frontières et aimer l’autre au-delà des limites mensongères, et faire émerger une élite culturelle qui peut permettre un dialogue intergénérationnel, un dialogue interreligieux, un dialogue simplement humain.

Or, il nous manque encore cet esprit, puisque rare les fois où on se rend aux librairies de Rabat ou de Casablanca et on rencontre des amoureux du livre. Oui, il y en a mais le temps de passage aux librairies reste encore faible et encore rare les fois où on voit les gens lire installés aux terrasses de cafés, presque pas d’en voir dans les espaces publics, chose courante dans le monde occidental. Que faire ?

Changeons de paradigmes et d’esprit, créons de plus en plus des espaces où le livre est en libre accès. Il est alarmant de voir que les petites villes ou les centres ruraux ne disposent d’aucunes librairies.  Pour échanger, il faut favoriser des jardins de lectures avec l’ensemble des acteurs notamment les élus locaux, les associations locales, les citoyens) puisque il ne suffit plus de faire connecter son téléphone, l’esprit doit aussi être connecté. Et au-delà de la connectivité, démocratiser l’accès au livre pour que n’importe quel citoyen, qu’il soit à Rabat ou au fin fonds de l’Anti-Atlas ait le même accès au livre et au même prix, c’est la justice culturelle. 

Il est vrai qu’il est possible de lire son livre sur un smartphone, mais difficile de garder la même attention de celle du livre physiquement. Or, lire ne se mesure pas par le nombre de livres lu par année, ni par la nature de ce que nous lisons, mais par ce que nous avons compris, ce que nous avons pu libérer comme action de faire émerger cette culture autour de nous, pour l’autre et donc pour la société. C’est cela la possibilité d’être !

Tariq AKDIM,  Chroniqueur, économiste des territoires et Président du Club de pensée LOGOS. Il est aussi Directeur de rédaction de la Revue Adrar Voice