Dans son rapport publié le 11 septembre dernier, la Cour des comptes révèle de multiples dysfonctionnements entachant la gestion de plusieurs secteurs stratégiques de la société. Nonobstant l’identification et la mise au jour des anomalies et dysfonctionnements dans la gestion de la chose publique, quel développement pourrait se réaliser dans le prolongement d’une culture d’impunité ?

En effet, la communauté scientifique ainsi que les ONGs ne cessent et continuent à dénoncer, publiquement et sans relâche, les lacunes persistantes dans la gestion des secteurs de grande envergure. Prenons le cas du contrôle sanitaire des produits alimentaires pour ne citer que cet exemple ; Depuis fort longtemps, les travaux académiques sont prolixes sur l’usage irraisonné des produits phytosanitaires importés par le Maroc et leur impact sur la santé et l’environnement. Depuis longtemps, des études et rapports tirent la sonnette d’alarme sur l’état des aliments destinés au marché local (l’absence de contrôle de la qualité notamment), mais en vain ! Un constat que nous pouvons extrapoler au reste des secteurs d’ailleurs.

Ce ne sont ainsi ni les dysfonctionnements ni les recommandations qui manquent à mon avis. Ce qui fait défaut, c’est plutôt le « concret » et la volonté de mettre un terme à la culture d’impunité.

Le problème reste entier : pourquoi l’impunité demeure-t-elle alors qu’elle s’est avérée, à maintes reprises, comme un frein au développement du pays ? L’impunité n’est pas, à ce qu’il semble, une simple négligence. Si elle perdure, c’est parce qu’elle est fortement ancrée dans les mentalités et les consciences, ce qui se manifeste à plusieurs niveaux de la société, en partant de simples gestes de tous les jours jusqu’aux instruments de gouvernance de la chose publique. L’impunité constitue dès lors la pierre angulaire d’une « nouvelle technologie du pouvoir » !

Nous savons pertinemment que pour embrasser le développement dans toute sa complexité, nous devons investir dans le capital immatériel qui, lui, s’impose comme la cheville ouvrière du succès du pays dans son ensemble. Outre le capital humain et social, le capital institutionnel devrait garantir l’ordre et le bien-être des marocain(e)s. Pour ce faire, nous avons urgemment besoin d’un état de droit ; d’une application impartiale des lois et de rompre avec l’impunité.

Notre Maroc a besoin d’être fondé sur d’autres bases que « tourner la page », « laisser sombrer dans l’oubli et la déchirure » ou encore « provoquer une amnésie rétrograde » ! Nous devons faire de la reddition des comptes et de la responsabilité un passage impératif sur le chemin de la transparence et une philosophie du vivre ensemble.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ