Je ne vous dis ni Monsieur, ni Sidi, ni Cheikh, ni rien de tout cela. Je ne vous connais pas, et je n’ai aucune envie de vous connaître. Vous avez beau avoir été le patron du MUR, cette association qui voulait servir de barrière à toute ouverture salutaire, et être toujours le Président-Fondateur de l’Union Internationale des Savants Musulmans, une organisation censée nous éclairer de son savoir infini, vous ne m’avez jamais impressionné ni avec votre barbe et votre djellaba, ni avec vos discours verbeux et creux. 

En fait, je n’avais jamais pensé un jour être amené à vous écrire pour répondre publiquement à un papier que vous avez voulu solennel et profond alors qu’il n’est que délires et futilités. 

D’abord, j’ai envie de vous poser une première question : 
Pourquoi avoir attendu que votre nièce Hajar quitte la prison, grâce notamment à la lutte sans répit et au combat sans compter de toutes ces femmes “libertines “ et de tous ces hommes “mécréants” que vous attaquez lâchement avec votre plume nauséabonde, pour sortir enfin de votre réserve dorée de “savant” sachant tout ce que nous avons à faire alors que ce ne sont pas du tout vos affaires ? 

Est-ce que vous aviez peur de vous faire taper sur les doigts par les autres membres de votre famille ou bien est-ce que vous craigniez que le pouvoir – détenu d’ailleurs en partie par une partie de vos amis – vous tire les oreilles ou, pire, vous coupe les vivres qui vous permettent de vivre aux dépens des pauvres et crédules musulmans de notre pays ?

Je n’attends pas de réponse à ma question parce que je suis sûr que vous n’allez pas me dire la vérité. D’ailleurs, tout le monde aura remarqué qu’il n’y a pas un seul mot ni sur l’arrestation très contestée et très contestable de Hajar, ni encore moins sur sa libération forcée sous la pression de milliers de personnes d’ici et d’ailleurs et qui, elles, n’avaient aucune relation familiale ou autre avec elle, contrairement à vous qui, jusqu’à preuve du contraire, êtes son oncle paternel. 

Et dire que beaucoup avaient pensé et interprété son interpellation et son incarcération comme une manière de vous attaquer, vous et vos frères d’armes, et montrer que vous n’êtes pas si irréprochables que cela.

Vraiment, si vous n’avez même pas été capable de le comprendre et d’en tirer quelque sentiment de culpabilité, ou bien juste d’avoir un peu d’empathie pour une femme qui porte pourtant vos gênes, comment peut-on vous faire confiance quand vous parlez de vouloir nous éclairer et nous guider vers le paradis ?  

J’en viens maintenant à vos définitions biscornues des libertés individuelles. 

Toutes les libertés, dites-vous, doivent obéir à des limites et à des règles. 

Comme vous ne pouviez justifier ni ces limites ni ces règles, vous vous êtes contenté de nous donner des comparaisons, comme c’est souvent le cas des gens qui sont à court d’arguments. D’ailleurs les vôtres seraient drôles si elles n’étaient pas dramatiquement ridicules :  la voiture, l’avion, la ceinture de sécurité et tout le tralala. Mais quel rapport y a t-il entre le code de la route, qui est d’abord universel et pas “islamique”, qui s’applique et s’impose à tous, et votre code de bonne conduite que vous voulez nous imposer sous prétexte que sa non-application dérangerait les autres et serait une menace pour eux ? 

Expliquez-moi en quoi un homme avec une femme, ou, allez, soyons fous, un homme avec un autre homme, ou une femme avec une autre femme, qui se trouveraient seuls, chez eux, dans une maison, dans un hôtel, sur une terrasse, ou que sais-je, loin du regard curieux ou voyeur, autrement dit, dans leur intimité, dérangeraient “les musulmans et les musulmanes” ou seraient une menace pour leur tranquillité ou leur “sécurité” ?  

Je sais ce que vous allez me répondre : Dieu le leur interdit. D’accord ! Et en quoi, cela vous regarde ? Vous êtes le représentant de Dieu sur Terre ? Vous êtes son mandataire ? Vous êtes chargé par lui de nous dicter comment nous conduire, comment embrasser, comment copuler, ou comment forniquer ? Non, parce que vous êtes comme nous, un être humain faillible, avec vos tares et vos défauts, mais, contrairement à nous, vous, vous vous cachez en vous attaquant aux autres que vous traitez de tous les noms et à qui vous promettez l’enfer et les démons. 

Pour vous, les ennemis jurés de la femme et de l’homme, c’est le sexe et, par extension, toutes les joyeusetés de la vie. Pour vous, la vie, se ramène à cela et à rien d’autre que cela. Vous essayez de convaincre vos disciples et vos fans que pour nous, il n y a que cela qui nous intéresserait, alors qu’en vérité, c’est vous qui en êtes habité, hanté. Tout votre discours tourne autour de ce que vous appelez “le sexe sacré”, que vous opposez au “sexe sale”. Mais on devine aisément, à travers votre lourde insistance et votre attaque stupide contre ces femmes courageuses et battantes que vous considérez comme mal… aimées, que c’est vous qui manquez terriblement d’affection, de tendresse, d’amour, et plus si affinités, car vous n’en avez probablement plus ni les capacités ni les possibilités. 

En conclusion je ne vous demanderai d’agréer aucune salutation et je ne vais vous exprimer aucune considération.

Au plaisir de ne plus jamais vous lire. 

Mohamed Laroussi