Par Abdessamade Mouhieddine, Anthropologue et Écrivain

Il aura un vulgaire virus pour dégonfler le gros ballon ethnocentriste occidental. Il s’en est dégagé beaucoup de vent et peu de solide !

Cet Occident qui a érigé ses principales normes civilisationnelles à moment où les quatre-cinquièmes de l’humanité se trouvait sous son joug colonial ou impérialiste se rend compte aujourd’hui que le destin humain est UN et indivisible.

Il a longtemps colonisé les contrées, pillé sols et sous-sols, pollué ciel, terre et sous-terre, asservi les peuples, embrigadé les régimes de malfrats, idéologisé sa coopération, fourni copieusement les armes de destruction massive, prétendu détenir les clés du bonheur humain ici-bas.

Il a surtout décrété l’exclusivité de ses normes prétendument scientifiques. Cet Occident-là est rétif à toute transculturalité, allergique à tout partage. L’Asie est en train de lui retirer toute tutelle sur l’espèce humaine.

En vérité, je vous le dis, toutes ces normes pseudo-scientifiques imposées par l’Occident triomphateur et omnipotent qui prétendent quantifier le bonheur ou la détresse des peuples selon un paramétrage « intéressé » commencent à fatiguer le reste du monde. Heureusement qu’il existe en Occident des penseurs honnêtes qui ont contourné cet océan pseudo-scientifique -scientique, allais-je dire- hautement intoxicant !

Je ne veux en citer ici que deux grands esprits, l’un passé maître en anthropologie juridique et l’autre en anthropologie sociale : Norbert Rouland et Pierre Bourdieu.

C’est Norbert Rouland, un spécialiste des Inuits et des Aborigènes, qui a prouvé que ces peuples ont développé instinctivement, empiriquement, des systèmes juridiques et des capacités de prévention des « fissures sociétales » autrement plus fines et plus élaborées que ce que l’Occident ait pu jamais inventer depuis la Renaissance !

Quant à Pierre Bourdieu, autour des concepts « habitus » et « violence symbolique », il a disséqué les mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. Ici, les facteurs culturels et symboliques priment sur les facteurs économiques. L’insolence des possédants n’est-elle pas avant tout celle d’une violence symbolique de plus en plus véhiculée par l’acculturation systémique et les médias ?

Une aliénation qui se pare des intentions les plus angéliques (Droits-de-l’hommisme instrumentalisé dans le néo-impérialisme depuis les Accords d’Hesinki, uniformisation ravageuse des modes de gouvernance assis sur la puissance capitalistique, démembrement des Etats-nations…etc.)

CONCLUSION : L’ethnocentrisme occidental ne subsiste aujourd’hui qu’au moyen de sa puissance militaire et technologique. Il n’est plus qualifié pour fournir un modus operandi viable du bonheur des hommes ici-bas !

L’Occident qui a érigé la Raison en mode de vie cardinal a fini par trahir cette même raison ! Je conseillerais la lecture d’un livre qui date déjà, mais demeure d’une fraîcheur édifiante sur ce sujet : « Les Bâtards de Voltaire: la dictature de la Raison en Occident » de John Saul (1992, traduit en français en 1993)

En un mot, l’Occident a choisi la voie du productivisme effréné qui en train de propulser l’humanité vers son extinction.

En dépit de sa ravageuse nocivité, on est presque tenté de saluer cet « Empereur Covid-XIX » qui a brisé le grand bluff hégémonique occidental où l’on impose par les armes une monnaie qui ne coûte que le prix de son impression ou sa digitalisation. Un bluff où s’est permis de détruire les plus vieux joyaux architecturaux de l’humanité en Mésopotamie ou au Cham au nom d’une idéologie prétendument modernitaire !