Par Taoufik YATRIBI

L’essaimage peut être une porte de sortie royale pour le salarié en période de crise permettant de prolonger sa carrière au-delà des frontières de l’entreprise.

La crise économique provoquée par le Covid-19 a touché de plein fouet l’ensemble de l’économie marocaine, mettant ainsi en difficulté plusieurs entreprises. Les entreprises se sont trouvées dans l’obligation d’arrêté en partie ou en totalité leurs activités. Cette situation a poussé de nombreuses entreprises à réduire leur effectif, soit par des licenciements forcés, ou des départs précoces à la retraite pour des salariés proche de l’âge de retraite.

Le HCP vient de publier son rapport sur la situation du marche du travail, 496.000 personnes sont venues grossir les rangs des chômeurs au deuxième trimestre de 2020. 41,1% de ces personnes se sont retrouvées dans le chômage suite au licenciement ou à l’arrêt de l’activité de leur entreprise employeur. Le taux de chômage est ainsi passé de 8,1% à 12,3% au niveau national.

A ma connaissance, plusieurs entreprises ont préparé des plans sociaux pour dégraisser jusqu’au tiers de leurs effectifs, afin d’assurer leur survie. On peut citer à titre d’exemple la Royal Air Maroc (RAM)  qui a annoncé la suppression de 750 postes dont 150 pilotes. Ce mouvement de licenciement est une démarche “légitime” selon la CGEM mais qui risque de mettre des dizaines de milliers de personnes, toutes classes confondues, dans la précarité. Le gouvernement est appelé à trouver vite une solution. 

La période de crise est le moment d’observation des lacunes, des choses imprévisibles en situation normale, qu’on devrait les résoudre pour les prochaines années à venir. C’est aussi l’occasion pour transformer la contrainte en une opportunité. Alors qu’en est-il de l’essaimage ?

L’essaimage est un phénomène observé dans les ruches d’abeilles, lorsque plusieurs abeilles quittent la ruche avec une reine qu’on appelle « l’essaim » pour former une nouvelle ruche. Le sens du mot a été utilisé après dans le monde de l’entreprise. Alors de quoi s’agit-il ?

L’essaimage c’est la création d’une entreprise par un salarié à l’aide de son employeur. Cette aide peut prendre plusieurs formes. Elle peut être sous forme d’un apport de conseils, une aide financière, une formation, le transfert de brevet ou d’activité, un accompagnement ou encore un congé création d’entreprise par exemple. On distingue ainsi trois types d’essaimage L’essaimage stratégique lorsque l’entreprise veut externaliser une activité secondaire et se concentrer sur son métier de base.

L’essaimage à froid, il s’agit d’une stratégie de valorisation, de gestion des ressources humaines lorsque l’entreprise aide ses salariés porteurs de projet à créer leur propre entreprise dans une relation de Gagnant/Gagnant. Et puis l’essaimage à chaud qui s’inscrit dans une logique de développement durable (RSE) lorsque l’entreprise, pour des raisons économiques, est obligée de réduire ses effectifs, elle met en place un plan social avec un dispositif permettant d’inciter et encourager les salariés à créer leur propre entreprise, empêchant ainsi à ses salariés le chômage, la vulnérabilité sociale, et promouvoir l’image de l’entreprise elle-même.

C’est ainsi que l’essaimage apparait comme une suite logique offrant aux salariés l’opportunité pour devenir entrepreneur. Plusieurs salariés veulent lancer une activité répondant à une de leurs « passions ». Ils ont œuvré dans une entreprise pendant plusieurs années, y ont acquis des expériences et des connaissances qui leur permettent de comprendre  comment gérer un projet, développer un produit.

Si la crise sanitaire du COVID-19 oblige les entreprises à réduire leurs effectifs, augmentant ainsi le chômage et la vulnérabilité sociale, l’essaimage peut être une porte de sortie royale pour le salarié en période de crise permettant de prolonger sa carrière au-delà des frontières de l’entreprise.

Taoufik YATRIBI est Enseignant-chercheur à l’Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès.