Par: Adnane DEBBARH

L’importance du rôle des corps intermédiaires dans tout système politique qui prétend à la démocratie n’est plus à démontrer. Leurs missions d’interface entre le citoyen et l’Etat, d’encadrement et de défense des intérêts catégoriels, leur confère une grande influence.

Au vu de leur importance et de leurs formes, organisations politico-sociales, organisations professionnelles, associations, les divers gouvernants en place déploient de grands efforts pour amener ces corps à adhérer, supporter ou au moins avoir une attitude neutre vis-à-vis de leurs choix politiques, économiques, sociaux et culturels.

Les formes de contrôle que peuvent exercer les gouvernants sur les corps intermédiaires peuvent être de deux sortes en fonction du niveau d’avancement démocratique de chaque société. Il peut être direct, création d’organisations ex nihilo pour soutenir des choix politiques. Il est indirect à travers la manipulation, le noyautage, le clientélisme, la corruption des dirigeants. 

Ces pratiques existent sous différentes aspects dans toutes les démocraties, tout est question de nuances. La dextérité d’un Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) dans la manipulation des corps intermédiaires est légendaire, comme est connu dans la même démocratie la capacité d’influence des lobbys. Sous d’autres cieux, les moyens pour brimer les corps intermédiaires sont plus expéditifs.

Le Maroc ne fait pas exception à la règle. Depuis 1976, pour ne parler que de l’époque récente, les gouvernants se sont essayés à diverses formes de contrôles. L’incitation à la création de partis politiques et d’associations a été pratiquée pour, multiplier les options, faire participer aux élections, soutenir des choix, exercer un contre poids à d’autres organisations plus anciennes. Les « organisations anciennes » en fonction de leur nature, de leur perméabilité, ont eu droit à d’autres moyens de persuasion. Elles ont fini, à leur tour, par céder, pour la plupart, et rejoindre les principales orientations politiques des gouvernants.

Le gouvernement d’alternance, fut l’aboutissement de cette quête inlassable des gouvernants à arriver à un consensus national, au bénéfice du Maroc et d’une transmission de règne paisible. 

La recherche de cette adhésion, de la plupart, voire de l’ensemble, des corps intermédiaires à un choix politique unique a eu un effet pervers au Maroc, leur démobilisation, la démission de leur rôle de portes voix et d’encadrement. 

La grogne de la rue en 2011 a été le déclencheur d’une réaction salutaire à travers l’adoption d’une nouvelle constitution et l’appel à d’autres voix à participer à la conduite du gouvernement. Cela a permis de souffler. 

De manière concomitante il y a eu un effort important de création de nouvelles associations à travers l’INDH et d’autres canaux dans un souci d’améliorer l’encadrement des citoyens. On compte à ce jour 140.000 associations pour 36.000.000 millions d’habitants soit à peu près 1 association pour 250 personnes. Cela coûte plus de 2 milliards de dhs.

L’ensemble de ces efforts politiques et sociaux n’a pas réussi à créer une dynamique d’inclusion dans la société. Trop de gens se sentent encore exclus.

Les partis politiques et les associations, toujours à de rares exceptions, se complaisent dans la situation de pensée unique qui s’est installé, pour justifier leur maigre production intellectuelle et leur manque de dynamisme. La légèreté des propositions sur le Nouveau Modèle de Développement, est révélatrice d’un manque d’émulation entre organisations. 

Le citoyen lassé de l’absence d’avis discordants a fini par rechercher d’autres formes d’expression, contestation de rue, rap, tifo, la toile. A voir la partie pleine du verre on dira que c’est une expression de démocratie participative, pour la partie vide c’est un risque sérieux pour nos choix démocratiques.

Le chemin pour la reconstruction de corps intermédiaires crédibles et exprimant les diverses attentes de la société risque d’être long, mieux vaut les laisser s’y atteler de suite.  

Adnan Debbarh, Militant associatif et Entrepreneur