AKDIM Tariq

Parler des communs, c’est ouvrir le débat sur ce que peut devenir nos territoires en partage. Le partage, une valeur nécessaire de ce qu’on appelle commun. Qu’est- ce que c’est?

Un tel exercice de définition peut limiter la visibilité à donner à ce terme fourre-tout qui dessine bien les promesses d’un temps passé, et qui trace le sens de ce que peut devenir notre société, plus précisément nos modèles de développement au regard des bouleversements actuels caractérisés par l’incertitude et la crainte d’un monde fragile.

Si plusieurs acteurs tentent à expliquer cette question par le retour ou la renaissance des communs, il ne faut pas perdre de vue que la pratique et le sens à lui donner a toujours été perçu comme valeurs, comme ressource et comme acte sociologique qui prend sens dans le temps long de la société marocaine.

On se référant à Louis-David Benyayer, auteur du livre Open Models (2014), « les communs reposent sur une logique d’externalités positives : leur existence génère autre chose qu’une simple valeur marchande ». Cette vision des communs remet en cause le modèle économique basé sur le marché et la propriété privé, en d’autre terme, produire plus et consommer plus sans pour autant réfléchir aux valeurs non marchandes, celle qui ne fait pas de nous un bien commun, ou en partage, mais vraisemblablement un commun. Un bien culturel après son édifice n’appartient plus à la propriété, elle devient une valeur à partager, à valoriser, à mettre en vie.

Il ne s’agit donc pas d’un modèle social où la prédominance n’existe pas, un modèle des communs propose de partager ce qui est inépuisable, qui génère une ressource renouvelable, et qui existe pour servir la communauté.         

Beaucoup s’interrogent sur le sort de leurs biens, de ce qui appartient au public et de ce qui est privé, de ce qui est dedans et dehors, entre ce déjà-là et le pas encore, entre le réel et le virtuel, ce qui est statique de ce qui est dynamique, ce qui est homogène de ce qui est hétérogène. Comment donc donner du sens à la question des communs au temps de l’invisible et de l’indivisible, de la quantité qui prime et du toujours plus, il faut trouver des réponses, aller au-delà de la question, ce qui peut faire de nous une communauté accès sur l’esthétique des liens et des possibilités d’être, ce que nous consommons dans le but de grandir, d’oser rêver et de partager ce qui est impensable.

Dans cette figuration que vous trouvez certainement très philosophique, moins perceptible de par la réalité du capitalisme et de par les négociations qui se font entre le besoin et le bien mondial, il faut trouver des logiques d’ensemble.

Pour un Marocain, les communs ont longtemps existé dans la société de par l’organisation des valeurs de solidarité, de partage de la propriété privé en propriété collective, un exemple qui traduit la valeur d’un bien commun est celle d’un arbre fruitier qui se partage entre deux à trois famille, en équité et en parfaite harmonie entre la valeur marchande et la valeur non marchande de l’arbre.

Ceci étant dit, il ne faut pas perdre le sens d’un bien commun dans les territoires du vécu. Le ressenti de celles et ceux qui habitent un village ou de ces touristes peut aussi faire preuve d’une valeur en partage, c’est-à-dire que la mémoire peut aussi nourrir le sens des communs. On peut donc facilement passer d’un territoire à un terroir pour dire que les communs peuvent se concrétiser dans nos territoires du possible. Il faut donc user d’une intelligence d’acteurs, faire un audit des compétences et croire que la valeur des communs est irréversible, elle est là, elle nous donne du sens à continuer à vivre ensemble, différemment, autrement mais toujours communément, pour le faire. Il faut que les communs trouvent aussi une place dans nos schémas d’aménagement et dans nos politiques publiques territoriales.     

AKDIM Tariq, Socio-économiste, chroniqueur et enseignant