Nous vivons dans un monde désorienté, en quête de sens et de repères, un monde où le désordre a pris le dessus, la nature du pouvoir a changé et personne n’a plus confiance en personne. Qu’est-ce qui se passe au juste ?

Quand le débat a comme catalyseur les affiliations politiques, les contingences partisanes, les intérêts, les intérêts et les intérêts, il est de facto décousu et insipide ;

Quand la pensée est soumise à des idéologies, à des intérêts et passions, à des idées préconçues au détriment du bon sens, elle cesse tout naturellement d’exister ;

Quand les doctrines enseignées encombrent nos mémoires et nous empêchent de penser, l’éveil intellectuel est hargneusement réprimé ;

Quand l’immatériel se matérialise et les valeurs, comme par enchantement, ne se révèlent que dans les occasions, les fondements d’une structure sociale cohérente régressent comme peau de chagrin ;

Quand notre jeunesse est frustrée à tous les niveaux, explore tous azimuts la trajectoire de l’ennui et ressent une tension intérieure liée à l’angoisse sur sa situation plus compromise qu’indéterminée, nous anéantissons cruellement une force émancipatrice pour notre pays ;

Quand, au lieu de considérer les retraités comme des sources inépuisables de savoirs, d’expérience et de connaissances à transmettre et à capitaliser, nous les abandonnons et par là renforçons des phénomènes d’exclusion, de rupture et de crise identitaire, nous sommes les grands perdants ;

Quand la parole est donnée à des « pauvres Blancs de la culture », à des « demi-savants », comme le dépeint Pierre Bourdieu, nous fabriquons « des fantasmes sociaux » qui font écran entre la société marocaine et sa propre vérité ;

Quand la justice fonctionne mal, quand la santé devient un bien de consommation destiné principalement aux riches et quand le citoyen lambda mange n’importe quoi pour pouvoir se mettre debout, en perdant de vue le fait de manger sainement et équilibré parce qu’il s’agit tout simplement d’une affaire de luxe, tous les modes de vie et comportements sont perturbés.

Et nous nous demandons pourquoi la confiance s’est évaporée ?! NOTRE CONFIANCE A ÉTÉ PHAGOCYTÉE malheureusement !

Face à cet état de fait, soit nous admettons que nous sommes tous sur un bateau en perdition et continuons à être pessimistes et fatalistes, soit nous gardons l’espoir d’un changement qui commencera d’abord par le rétablissement de la confiance. Et comme l’affirme Kamal El Mesbahi, « le fait de reconstruire la confiance constitue le point de départ et une fin en soi ». Le chemin reste long, très long, mais j’y crois …

Habiba El Mazouni,Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ