Les effets néfastes des ressources surviennent lorsqu’un pays riche en ressources naturelles ne prépare pas, au cours de son histoire, les jalons d’un développement social et économique prospère et dynamique. Dans la règle générale, les ressources naturelles favorisent la croissance économique. Dans certains cas, cependant, ces ressources engendrent des retombées sociales, économiques et politiques négatives. La Sierra Leone est l’un des nombreux pays d’Afrique subsaharienne où la présence de ressources naturelles a provoqué des troubles politiques, des conflits violents et un sous-développement extrême. La ressource naturelle la plus répandue en Sierra Leone est le diamant.

Lesdits “Blood Diamonds” (Diamants de guerre) sont devenus le carburant qui a alimenté les incendies de la guerre civile de 1991 à 1999. Il s’agit des diamants qui ont été extraits dans une zone de conflit et vendus à des fins lucratives pour le financement des conflits armés. Ils se trouvent facilement au long des rivières et peuvent être obtenus à l’usage d’outils simples.

Les rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF) – contrôlant la moitié du pays et faisant régner l’insécurité sur l’autre moitié – ont profité des diamants alluviaux facilement accessibles et de l’absence de réglementation gouvernementale régissant l’industrie pour monopoliser le cœur diamantifère du pays. 


Comme le plan de développement national du gouvernement l’avait toujours prévu, l’industrie sierra-léonaise des diamants doit apporter une contribution positive au développement socioéconomique du pays, à condition que sa gestion soit radicalement réformée. Le refrain perpétuel des citoyens est que ces ressources en diamants constituent une malédiction plutôt qu’une bénédiction pour la population locale : la contrebande a toujours été imputée à des mineurs artisanaux et à de petites exploitations minières illégales dans des zones reculées non réglementées par les autorités locales. 

Les carences de la gouvernance des ressources naturelles qui ont conduit à la mauvaise gestion économique, au clientélisme politique, au sous-développement et aux conflits civils ont entraîné une prolifération des normes mondiales de «bonne gouvernance» des secteurs des ressources naturelles, notamment celles en zones de conflit. Ces normes sont dotées d’un double objectif : Ne pas contribuer aux conflits civils dans les pays producteurs, en plus d’avoir une portée écologique et durable en respectant les normes internationales du travail et des droits humains. Il est évident que la réussite de ces efforts de réglementation dépend alors de leur mise en œuvre dans les pays producteurs. 

En réponse aux conflits violents, à l’insécurité humaine, à la déconfiture de l’État et à la dégradation de l’environnement liée à l’extraction de ressources naturelles, les cadres de réglementation transnationaux gagnent de plus en plus en importance. Depuis la fin de la guerre, la Sierra Leone a pris des mesures pour renforcer et introduire des réglementations relatives aux diamants. Cela a commencé par l’instauration d’un système national de certification en octobre 2000 autorisant des exportations limitées. La Sierra Leone est devenue en 2003 le premier pays à appliquer le  Système de Certification du Processus de Kimberley.  

Le SCPK est un mécanisme de gouvernance public-privé conçu pour réglementer le commerce mondial des diamants bruts. Composé d’acteurs de l’industrie du diamant, de gouvernements et d’organisations de la société civile, le SCPK a été élaboré en réaction aux guerres civiles en Angola et en Sierra Leone. Dans les deux guerres, la perpétuation de la violence armée étaient étroitement liées à l’exploitation et au commerce de diamants bruts. 

Les participants au processus de Kimberley reconnaissent qu’un système international de certification des diamants bruts ne sera crédible que lorsque toutes les parties prenante auront mis sur pied des systèmes internes de contrôle visant à éliminer les diamants de la guerre de la chaîne de production, d’exportation et d’importation des diamants bruts sur leurs propres territoires, et s’engagent en faveur de la transparence pour fournir des données statistiques sur leurs exportations de diamants. 

Bien que les gisements de diamant de kimberley soient relativement faciles à contrôler, les gisements diamantifères artisanaux ne le sont pas. Une exploitation minière artisanale et à petite échelle rend difficile le contrôle de la production, en particulier lorsque la pauvreté est à l’origine de cette production, car les moyens de subsistance alternatifs sont rares. En Sierra Leone, où les frontières internationales se croisent, provoquant des trafics et des activités d’extraction transfrontalières, une contrebande importante se poursuivra. 

Il a été avancé que le contrôle des mines de diamants, plutôt que le renversement du gouvernement corrompu, était la véritable raison de la guerre qui a duré une décennie. Que ce soit vrai ou non, cela restera probablement un mystère. Ce qui est certain, en revanche, c’est que les groupes rebelles n’auraient pas pu accéder au pouvoir sans avoir accès aux “Blood Diamonds”.

Comme nous l’avons avancé au tout début, le principal problème des diamants de conflit est la structure de l’industrie du diamant. Étant donné que la De Beers – la seule société ayant droits exclusifs de production et d’ extraction diamantifère pour une durée de 99 ans –  contrôle la majorité du marché, elle n’est pas vraiment incitée à s’attaquer au problème des diamants de conflit en raison du fait que ces derniers ne représentent qu’une petite partie des ventes mondiales de diamants.

Toutefois, si l’industrie du diamant était un marché véritablement complet, les diamants de guerre auraient un effet extrêmement défavorable sur l’ensemble du marché. Un tel fait soulève la question, pourquoi existe-t-il encore un monopole sur le marché du diamant aujourd’hui ? Un grand nombre de contrats ont été conclus alors que ces pays africains étaient encore des colonies de nations européennes. Aujourd’hui, ces pays ont acquis leur indépendance mais respectent encore ces anciens contrats.

Qu’en est-il de la légalité actuelle de ces contrats ?

Imane LahrichConsultante et Analyste des politiques publiques et mouvements sociaux.