Le concept d’entrepreneuriat agricole suscite ces derniers temps un intérêt grandissant. Eu égard au potentiel agricole du Maroc, l’agriculture devrait constituer une réponse bien pesée pour lutter contre le chômage des jeunes, notamment en milieu rural. Toutefois, engager les jeunes dans le secteur agricole exige la mise en place de politiques publiques incitatives en faveur de l’entrepreneuriat agricole et de l’accès aux sources de financement. Le Maroc entame ce périple…

L’entrepreneuriat (re)devient tendance. La jeunesse marocaine a appris à gérer la carence d’offre d’emploi par le recours à l’entrepreneuriat formel et informel. Une acculturation qui s’apparente au développement sous-jacent de l’esprit d’entreprendre chez les jeunes, dans un monde qui donne libre cours à leurs idées ; un monde ouvrant la voie à la création de leurs propres activités professionnelles, libres des contraintes salariales et des directives des employeurs.

Cependant, bien que l’intention entrepreneuriale soit de plus en plus présente, la peur de l’échec et de la prise de risque constituent une entrave à la dynamique du développement et de l’innovation. Quid de l’entrepreneuriat dans un secteur perçu comme l’un des plus risqué et hasardeux qui soit ? Autrement dit, dans quelles mesures le secteur agricole réussira-t-il à attirer des futurs jeunes entrepreneurs ?

En effet, plusieurs initiatives encourageant l’entrepreneuriat agricole sont à saluer telles que l’ « OCP Entrepreneurship Network » de la Fondation OCP dédié à la promotion de l’innovation dans le secteur agricole et à la création de nouvelles opportunités d’emplois durables, ainsi que les programmes et dispositifs mis en place par le Groupe crédit agricole du Maroc (GCAM), pour ne citer que ces acteurs.

Pourtant, faire de l’entrepreneuriat agricole un axe stratégique du développement socio-économique du Maroc requiert une évolution des politiques publiques et des mentalités ; Évolution qui repose sur une réflexion stratégique menée au préalable tout en rejoignant furtivement un processus d’incrémentalisme.

Le Maroc gagnerait à mettre en avant des success-stories de personnes qui ont réussi grâce à l’entrepreneuriat agricole et ainsi présenter du concret aux futurs jeunes entrepreneurs. De plus, l’accompagnement doit inclure des ateliers de formation notamment en termes de gestion de risques, des programmes d’incubation de projet et des politiques d’appui mises en place en fonction de chaque profil.

Par ailleurs, une personne à Casablanca ou à Rabat a plus de chance de concrétiser son idée entrepreneuriale qu’une personne à Azilal ou à Figuig, pour la simple raison qu’elle était informée de l’existence de dispositifs d’appui. D’où la nécessité d’une communication plus large de programmes d’aide à l’entrepreneuriat agricole auprès du grand public.

Finalement, l’entrepreneuriat agricole s’avère un outil qui servira non seulement à absorber le chômage des jeunes en milieu rural, mais aussi et surtout à créer de la richesse dans le secteur agricole. À cet égard, le Maroc gagnerait à mobiliser les énergies dans tous domaines confondus en vue de mettre l’entrepreneuriat agricole au service de son développement.

Habiba El Mazouni