Même si la Qaraouiyine est la plus ancienne université dans le monde, le Maroc n’est pas un pays à tradition académique ancrée. Le protectorat, en quarante-trois ans de domination, n’a pas jugé le Maroc digne de la construction d’une seule unité universitaire, alors qu’il avait dédié une université à Alger et une autre à Dakar. Sous le joug des britanniques, l’université du Caire était devenue un centre de recherche et de production intellectuelle rayonnant pour tout le moyen-Orient. 

La création de la première université à Rabat à la fin des années 50, exprimait l’ambition du mouvement national triomphant et de l’État en cours de construction, de rattraper le retard du Maroc. 

Durant les 20-30 premières années d’indépendance, l’essentiel de notre élite académique provient de l’enseignement supérieur français ou (plus rarement) américain : Abdellah Laroui, Aziz Bellal, Fathallah Oualaalou, Simon Lévy, Fatima El Mernissi, Hakima Himmich, Paul Pascon, Germain Ayach, Mohamed Berrada, Jalal Essaid … Et bien d’autres ont porté le flambeau dans les domaines de savoir que les universités marocaines ont cherché à investir : sciences humaines, sciences sociales, médecine, ingénierie …etc.

L’université marocaine a beaucoup tardé à produire ses propres enseignants universitaires. Les écoles doctorales étaient rares et l’ouverture d’un troisième cycle, dans n’importe quel domaine, en dehors de l’université Mohamed V de Rabat, relevait du miracle jusqu’aux années 80-90 du siècle dernier. 

Ces vingt dernières années, toutes les universités marocaines se sont dotées d’écoles doctorales. Quantitativement, le nombre d’inscrits en thèses a augmenté considérablement. Est-ce un véritable engouement pour la recherche ? Beaucoup de signes montrent le contraire : le nombre de thèses non abouties, la pauvreté qualitative des productions par rapport aux standards internationaux, la faiblesse des implications de ces recherches sur le contexte socio-économique et l’environnement culturel  …

Le système d’enseignement supérieur marocain ne produit toujours pas assez de docteurs et en même temps, il n’arrive plus à attirer les marocains devenus docteurs sous d’autres cieux. Par exemple, la France qui se permet de recruter des enseignants universitaires étrangers, nous fournit de moins en moins d’enseignants universitaires marocains. C’est le cas aussi des marocains d’Amérique et du Canada qui préfèrent y rester, notamment pour pouvoir bénéficier d’un contexte de recherche et d’enseignement plus épanouissant. 

Le secteur de l’enseignement supérieur Marocain est en train de vivre une crise démographique très critique, vu le départ massif à la retraite des professeurs des natifs des années 1950. En face, le nombre de docteurs produits chaque année reste insuffisant pour couvrir ces départs. Face à une telle situation, l’État est dans l’obligation d’agir.

D’abord, en introduisant plus de qualité et de rigueur dans le processus de recherche doctorale. Ce qui ne peut pas se décréter par de simples procédures et règlements internes qui projettent un semblant de rigueur. Le problème est plus profond et devrait nécessiter davantage de contrôle et de vérifications pour assurer la conformité et la probité des grades doctoraux reconnus aux thésards. Cela pourrait se faire dans le cadre d’audits réalisés par des universités étrangères. En dessous d’un standard de qualite et de conformité donné, l’école doctorale en question pourrait fermer. 

Ensuite, l’État devrait concevoir et promouvoir un cadre institutionnel pour le co-encadrement et la double diplomation entre les universités marocaines et les universités européennes et Nord-américaines. Le but est de permettre progressivement d’introduire la recherche au Maroc dans les réseaux de la recherche à l’international selon les plus hauts standards scientifiques. 

Enfin,  thésard c’est un métier et un parcours de combattant long et incertain. Pour motiver les meilleurs et les plus passionnés à le faire, le financement des programmes de recherche est indispensable, tout autant que la valorisation et la généralisation de la bourse dite d’excellence à tous les inscrits en doctorat.

Tout cela a une seule ambition : vivement pour une nouvelle génération de professeurs universitaires … et donc, une nouvelle université.

Hassan ChraibiUniversitaire et Chercheur en Sciences de Gestion. Il est Co-fondateur de la plateforme AnalyZ