Ce qui sépare un régime politique du despotisme, ce n’est pas la démocratie, c’est l’écoute. 

L’exigence morale inspire au dirigeant la rectitude. Il n’est pas seul dépositaire de la raison. Mais il y adhère par conviction et optimisme dans la capacité de cette raison à résoudre tous les problèmes. Notamment par la pédagogie qui permet de faire entendre raison à soi-même et à l’autre. C’est en cela que l’opposition est salutaire : chaque contrainte constitue un nouveau chemin possible vers le meilleur. Nulle lumière n’est possible dans l’uniforme …

Pour autant, il ne s’agit pas d’optimisme béat, vu qu’on ne peut faire entendre raison à tous. C’est à ce moment que les décisions radicales s’imposent. Guerre et Paix se succèdent ainsi.

L’écoute est de ce fait un préalable à toute décision politique. Elle permet la compréhension avant de justifier les positions. Mais alors,  qu’est-ce que l’écoute ? C’est d’abord, comprendre le point de vue de l’autre à partir de son angle de vue, de ses ambitions et de ses angoisses. Quand quelqu’un dit quelque chose, il porte ses convictions à la connaissance de tous.

Si quelqu’un agit mal, il agit à partir de son propre point de vue. C’est pourquoi faut-il se retenir de juger de manière hâtive et anxieuse. Il est nécessaire avant tout de comprendre ce qu’il dit et d’entrer dans sa logique. Et si sa logique est défaillante, lui expliquer. Mais si sa logique comporte une ou plusieurs vérités, c’est autant une exigence morale que politique d’y adhérer. 

A partir de là, on ferait passer chaque situation par le même filtre de raisonnement qui permet son objectivation. Ce qui aboutit à une définition correcte du monde et des choses qui se présentent. Nous évitons ainsi les colères, les anxiétés et les joies excessives … nous restons stoïques. Comme l’enseigne Marc Aurèle : il vaut mieux changer ses désirs que l’ordre du monde. 

Le Maroc s’est montré très à l’écoute sur le plan diplomatique vis-à-vis notamment des pays africains. Une posture stoïque remarquable qui a tranché avec une diplomatie ancienne anachronique par sa susceptibilité et qui nous avait causé beaucoup de tort par le passé. Les résultats ont été remarquables et dépassent les espoirs initiaux. Nous avons repris contact avec nos plus virulents adversaires : certains sont aujourd’hui moins corrosifs, d’autres sont neutres et même certains sont quasiment des amis … Wao !

Ce même Etat, si bienveillant vis à vis des réalités extérieures,  devient crispé chez nous. Ratant ainsi ses rendez-vous avec l’histoire à cause d’un déficit manifeste d’écoute stoïque. Deux sujets différents le montrent aujourd’hui : 1) l’année blanche en fac de médecine et 2) la mise en liberté de Nasser Zefzafi et de ses compagnons.

Aussi éloignés que les deux sujets puissent paraître, ils révèlent le manque d’écoute de notre gouvernement du pays et son incapacité à supporter les oppositions. Faute de quoi, le gouvernement et l’État, dans son ensemble, se trouvent aujourd’hui en queue de sac en matière de négociation.

Dans les deux cas, l’anxiété a guidé les décideurs qui n’ont fait que l’inverse de ce que la sagesse pourrait inspirer. Ils ont fini par confondre fermeté et autoritarisme. Compter sur le temps et espérer l’oubli, c’est oublier soi-même que dans la nature, ce qui se fossilise ne s’efface plus jamais … Au lieu d’espérer un monde sans opposition, changeons nos désirs et espérons une meilleure gestion des oppositions. 

Je me suis souvenu avant de finir ces quelques lignes du comportement de Monsieur El Khelfi il y a quelques années,  répétant à un journaliste d’une station de radio étrangère « je suis clair ». Ce n’est pas tant sa faiblesse dans la maîtrise d’une langue qui n’est pas la sienne qui choque, c’est sa posture défensive et autoritaire qui désole. Ce n’est pas ainsi que se comportent des Hommes d’État. Ils sont nombreux les Khalfi chez nous …

Avant la démocratie, on aurait tout bonnement besoin d’écoutocratie …

Hassan ChraibiUniversitaire et militant humaniste. Il est Co-fondateur de la plateforme AnalyZ