J’ai une très bonne nouvelle pour vous : le fameux Pont à Haubans de Sidi Maarouf, qu’on attendait comme l’Arlésienne, ce fameux grand machin qu’on voyait d’abord de très loin tellement il est grand, puis qu’on était obligés de voir de très près, pendant longtemps, parfois une heure ou plus; ce fameux long machin qu’on a longé tellement de fois qu’on a fini par se lasser de le voir si long; et enfin, ce fameux haut machin qui est tellement haut et qui a sûrement été très compliqué à fabriquer, et bien, ce fameux, grand, long et haut machin, a été enfin inauguré.

Oui, mesdames et messieurs, le Pont à Haubans dit de Sidi Maarouf, à la sortie Sud de Casablanca, est enfin ouvert aux véhicules, donc à vous, à nous, bref au peuple Marocain dans sa totalité et qui, bien sûr, le demandait à l’unanimité, Youpiiii ! 

Et maintenant, vous croyez vraiment que notre calvaire est terminé, et que désormais, tout va aller comme sur des roulettes ? Franchement, j’en doute fort. Non, je ne suis pas un nihiliste, je suis un réaliste. Je vous explique. 
D’abord, en tant qu’automobiliste Casablancais, depuis que je conduis dans cette ville tentaculaire que l’on aime tant, je n’ai pas le souvenir d’un seul jour sans embouteillage.

ET comme je passe pas mal de temps, enfermé et immobilisé malgré moi dans ma voiture, j’essaye à chaque fois réfléchir sur le pourquoi de ces bouchons à répétition, et qui donnent de l’hypertension aux plus patients. Au fur et à mesure du temps qui passe – je ne parle pas seulement du temps passé dans les embouteillages, mais du temps, le vrai, c’est-à-dire les mois et les années qui font que nous devenons parfois plus sages, et souvent plus vieux – j’ai fini par dégager un certain nombre d’explications qui n’engagent que moi et que je vais partager avec vous :

La première explication, c’est que nos aménageurs, nos urbanistes, nos ingénieurs, nos élus, nos pouvoirs publics, bref, tous ces personnages occultes qu’on regroupe sous le vocable grandiloquent de “responsables”, tous ces gens-là se soucient de notre confort et de notre bien-être comme de la sauvegarde du moucheron bleu de Tanzanie ou de la puce rose d’Amazonie. Comme on dit chez nous, “ce n’est pas leur souk”.

La deuxième explication qui aurait pu être d’ailleurs la première, c’est que toute cette communauté dont certains ont fait de grandes écoles, sont passés par de grands universités, sont parfois issus de grandes familles, tous ces gens-là, ou disons, pour être plus honnête, la majorité de ces gens-là, savent très bien ce qu’il faut faire et comment le faire. Ils savent très bien, par exemple, que la population d’une ville augmente par les naissances qui dépassent souvent, heureusement, les décès, et par les arrivées, pour plusieurs raisons et plusieurs causes, de populations venant d‘autres villes, d’autres villages ou juste des campagnes environnantes, et, l’un dans l’autre, ça finit par élever les chiffres du taux de croissance démographique. Or, ces gens-là possèdent théoriquement la science, le savoir, les moyens, bref, tous les outils pour prévoir d’une manière quasi-précise le chiffre quasi-exact de cette population en mutation, plusieurs années à l’avance. 

Pourtant, on a l’impression soit qu’ils ont oublié tout ce qu’ils ont appris, soit que nos problèmes, nos déboires, nos ennuis, notamment de circulation, c’est le dernier de leurs soucis.

Sinon, comment peut-on expliquer le lancement de tant de chantiers, presque en même temps, et presque partout, et des chantiers qui prennent un temps fou à s’achever. Et dès qu’ils sont finis, et que nous commencions à souffler et à en profiter un peu, ils en démarrent de nouveaux, et souvent dans les mêmes lieux et places des chantiers précédents, mais avec d’autres choix, d’autres plans, d’autre idées, comme par exemple des sens interdits qui changent de sens, des voies de bus et de taxis qui deviennent des voies pour tous ou pour personne, des rues qui deviennent des avenues, ou vice-versa, des trottoirs qu’on transforme en pistes cyclables, ou le contraire.

Bref, c’est l’improvisation instituée en système de gestion. J’exagère ? Donc, vos croyez vraiment que le Pont à Haubans va régler tous vos problèmes ? D’accord. Je vous donne rendez-vous demain, où vous voulez et quand vous voulez. Mais, je vous préviens :moi, je ne vais pas arriver à l’heure, et vous non plus. Et si vous voulez savoir pourquoi, allez demander aux “responsables”. Dans l’attente, je vous donne un rendez-vous, mais, lui, est plus sûr : vendredi prochain pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma