Par Mohammed Ennaji

Prétendre que ce que notre société pratique de nos jours c’est le Ramadan, est un pur mensonge. Non ce n’est pas le ramadan des textes, ce n’est pas le jeûne du fidèle qui se détache de sa chair pour se rapprocher de son dieu.

Le ramadan n’est pas fait pour une société moderne, c’est une pratique d’un autre temps. Le Ramadan d’aujourd’hui est un compromis de la société actuelle avec la religion. Notre société dans sa pratique quotidienne opère de plus en plus ouvertement de ruptures avec les rituels tels que prescrits.

Comme elle n’est pas en mesure de vivre clairement sa liberté vis-à-vis du religieux, comme elle ne peut pas l’assumer culturellement et politiquement, alors elle s’arrange en silence, sans prétendre à changer. Elle vit dans le compromis avec sa religion. Aussi, son Ramadan d’aujourd’hui   revient en fait à une négation du ramadan théorique.

Le mois de l’abstinence est devenu le mois de l’extravagance. Le rejet du mois sacré est clair dans le fait qu’il est devenu un mois de fête, de réjouissance, de bouffe et de bien d’autres choses.

Évidemment, les fidèles font semblant de fêter le sacré pendant qu’ils le renient ouvertement dans leurs pratiques. La fréquentation des mosquées s’accroît, mais c’est justement pour se donner bonne conscience et croire que le rapport au religieux n’a pas changé d’un iota.

Le ramadan est mort dans les faits parce qu’il ne correspond plus aux besoins de notre société. Alors, si l’on prend le proverbe à l’envers : le mois sacré rentre certes par la porte, mais on le chasse par la fenêtre.

Arrêtons de nous conter  des histoires.

Mohemmed EnnajiHistorien, Sociologue et Economiste marocain. Il est l’auteur de, entre autres, Le Corps Enchaîné et Le Fils du Prophète