Par Abdessamad MOUHIEDDINE 

La reconfiguration du monde se déroule sous nos yeux sous le signe d’une violence inouïe où la technologie meurtrière se terre derrière une diplomatie parée de redoutables assauts cybernétiques. Le pire de tout cela est le retour en force du nationalisme sous ses plus exécrables coutures que sont le populisme, le chauvinisme, l’ethnocentrisme et même un certain néofascisme. Focus.  

Le nationalisme est la perversion la plus éclatante du patriotisme. Le premier prône l’exclusion de l’autre quand le second exprime l’amour des siens. En ces temps troubles où, sur toute l’étendue de l’aire arabe, de l’Atlantique au Golfe, se désintègrent des pays et où les peuples s’auto-flagellent au nom de dogmes périmés, le chauvinisme aveugle triomphe. 

Même au pays des Lumières, là où l’on a inventé la si vertueuse « Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen », les Jaurès se font rares – le « mélencohonisme » faisant de plus en plus dans le populisme – et les crapuleux Raoul Villain – ils portent aujourd’hui les noms de Le Pen et Zemmour – ne cessent de pulluler. Les possédants, eux, ainsi rassurés quant à la prospérité de leurs affaires, insultent copieusement et l’avenir et l’Histoire. Bien au chaud dans leurs mirifiques palaces, ils se délectent des malheurs de leurs peuples, déversant de temps à autre des giclées d’huile sur le feu des passions chauvinistes inéluctablement suicidaires. 

Mon inébranlable attachement à l’intégrité territoriale de mon pays n’implique nullement l’insulte des peuples voisins et donc de l’avenir. Voilà pourquoi cet attachement n’a nul besoin de m’être rappelé toutes les trois secondes par les delirium débiles des forçats de la haine, des aigris, des « envoyés très spéciaux » des belliqueuses officines de désinformation ou encore des démagos déguisés en patriotes. 

En vérité, la spécieuse théorie de l’existence par le seul truchement du bannissement de l’autre est, au regard des enseignements de l’Histoire, nulle et non avenue. Le monde change à une vitesse vertigineuse; il délaisse derrière lui une Europe imbue de ses certitudes eurocentristes, fatiguée par une guerre économique dont elle ignore les nouveaux codes. 

Le nouveau monde qui se dessine est en train d’abandonner une Amérique plus que jamais nationaliste. Il abandonne à leur sort les nations recroquevillées sur elles-mêmes. Il ouvre ses bras à une Asie plus que jamais industrieuse et une Afrique qui a compris qu’elle détient en son sein les ustensiles de sa propre prospérité. Mon patriotisme me commande de crier à plein poumons : « Réveillez-vous, Maghrébins ! Le choix est clair : la solidaire concorde ou la mort !« 

Mais, les passions sont si vives et le débile vacarme ultranationaliste qui se répand partout dans le monde, de la Hongrie à l’Algérie, du Zimbabwe aux USA, paradoxalement et parallèlement à une globalisation supersonique des flux financiers et des delirium complotistes.

Voyez-vous, à titre d’exemple, les réseaux sociaux, loin de fédérer les hommes autour des valeurs cardinales que sont le respect des différences et l’unité de destin, précipitent chaque jour les peuples dans la haine de l’autre et de soi.

C’est cette haine-là qui se présente à nous, parfois dans la bouche des plus grands dirigeants politiques du monde, sous les pires enrobements national-fascistes.

Partout, du Golfe persique à la sphère russophone, de la Corne d’Afrique à la Mer de Chine, le nationalisme souvent chauviniste triomphe de la vie en intelligence. 

Vers quelle nouvelle et néanmoins inédite guerre mondiale nous dirigeons-nous, sapristi ?