Par Adnane Debbarh, Entrepreneur et Militant associatif

Le microcosme politico-économique est appelé dans les prochains mois à approfondir la réflexion sur le thème du Nouveau Modèle de Développement (NMD). La nomination le mardi 19 novembre, par le Roi Mohamed VI, de Chakib Benmoussa à la tête de la Commission qui doit travailler sur le sujet et produire un document de synthèse, n’a plus laissé de place au doute quant à la volonté d’aller de l’avant.

Suffisamment  de temps a été donné aux uns et autres pour réfléchir, élaborer les scénarios et, souhaitons le,  remettre des documents écrits sur leurs visions et leurs stratégies. 

Plusieurs documents circulent déjà, nous espérons pouvoir prendre connaissance de l’ensemble dans les prochains jours. Car s’il y a un vœu à formuler, c’est une publicité maximale des propositions. On ne peut que regretter  l’absence d’une chaîne de télévision spécifique dédiée à ce genre de thèmes d’intérêt national. Pourquoi priver les citoyens qui le désirent, du suivi de sujets qui correspondent à leurs centres d’intérêt, sans bien sûr toucher aux feuilletons turcs.

Il appartient à la Commission d’organiser son travail, elle demeure souveraine. Toutefois des séances  publiques, d’écoute, limitées dans le temps, des présentations des diverses contributions par leurs auteurs nous semble la bienvenue.

L’ouverture d’un site pouvant recueillir les contributions déposées, celles d’autres citoyens intéressés et les réactions sur les présentations nous semble aussi aller de soi.Demeure un problème de fond et qui à notre sens va impacter la maîtrise des débats et par conséquent la qualité des recommandations de la Commission, à savoir quel contenu donner au Nouveau Modèle de Développement. 

La lecture de plusieurs contributions disponibles montre l’existence d’approches divergentes que l’on peut réduire, pour schématiser, à deux. La conception extensive assimile le nouveau modèle de développement à un nouveau modèle de société. Les réformes politiques de fond sont posées comme préalables nécessaires à la libération des énergies participatives citoyennes.

Les revendications à caractère culturel, voire identitaire, ainsi que les réformes vers un sens plus ouvert du statut personnel occupent une place de choix dans ces contributions car susceptibles, selon leurs auteurs, de donner une nouvelle configuration à la société marocaine et permettre une meilleure cohésion sociale. Les  réformes économiques et sociales viennent en dernier lieu  dans ces papiers, sans rien enlever de leur intérêt. 

La conception restrictive, par contre, focalise sur les réformes économiques, sociales et territoriales en se contentant de reformuler les recommandations des différentes assises tenues ces dernières années sur la régionalisation, l’enseignement et la fiscalité en reprenant même les mesures proposées.

Le concept de développement a connu depuis les années 70 du siècle dernier, une évolution dans  son contenu. Assimilé à la croissance économique au début, il s’est élargi et enrichi d’apports nouveaux qui reflétaient les aspirations de l’homme à disposer d’une qualité de vie et de ne plus être traité uniquement comme force de travail.

Au début des années 80 le développement rimait, toujours, avec la satisfaction des besoins fondamentaux de l’individu en eau, nutrition, santé, habitat salubre et instruction. Le minimum syndical. Puis le concept a évolué, jusqu’à nos jours, vers des aspects non matériels, culture, droits de l’homme, bien être, préservation de l’environnement. Le tout mesuré par un indice de développement humain. Une fois d’accord sur le concept, il appartiendra à la Commission d’afficher clairement les priorités  de développement qu’elle souhaite faire siennes, éducation, habitat, santé, et ou infrastructures,  et comment y parvenir.

C’est pour faire simple, la proposition du modèle ou comment édifier le développement. Là il y a deux options, l’organisation à réussite et l’organisation à échec. L’organisation à échec est celle qui nous a conduits à l’impasse actuelle, de l’aveu unanime. L’organisation à réussite interpelle une autre forme de gouvernance qui, ne nous voilons pas la face, est basée sur les principes de l’Etat de droit. La Constitution de 2011,  contrat social qui nous lie, acte cette option, il suffit de la traduire en conviction.

La Commission ne peut faire l’économie d’un débat politique qui devrait être bref, tant la conviction des limites du modèle de développement actuel et de sa gouvernance est largement partagée.

Au vu du profil, plutôt technocrate, de son président, on subodore que le débat sera orienté vers les mesures à caractère économique et social. Le développement est une question aussi d’organisation et de méthode.

Délimiter son sujet, permettra à la Commission de prendre moins de temps pour remettre son rapport à qui de droit.