Par Adnan DEBBARH

Plusieurs mois se sont écoulés depuis l’invite Royale adressée aux forces vives de la nation afin de contribuer à l’élaboration d’un NMD, les choix économiques et sociaux précédents ayant montré leurs limites. Ne permettant pas de créer suffisamment d’emplois, de générer assez de richesses, d’assurer l’accès de l’ensemble de la population aux services sociaux et de réduire les inégalités, ces choix sont à revoir dans leur forme et dans leur contenu.

Plusieurs contributions sur le sujet ont été publiées, de qualité inégale, mais ayants le double mérite accroître la dynamique de la démocratie participative et de faire remonter les attentes de la société. 

La Commission nommée par le Roi démarre avec un petit matelas d’idées et propositions qu’elle peut retenir/enrichir. Il est à noter aussi qu’elle a commencé ses travaux avec un esprit d’ouverture à saluer en reprenant à son compte les propositions sur la méthode de travail émises auparavant par les uns et les autres.

Les auditions des corps intermédiaires devant débuter le 2 janvier de l’année prochaine, une 1ère synthèse d’étape des idées déjà émises peut être proposée dans l’attente de la valeur ajoutée de la Commission qui au vu de la qualité de ses membres et de sa démarche sera de haute teneur, c’est à ne point douter. 

Le NMD n’est pas un NMC (nouveau modèle de croissance), il y a fort longtemps que les économistes font la différence entre les deux concepts, le premier étant plus riche, intégrant des aspects immatériels et est centré sur le bien être humain ; le second se réduit à des choix économiques pouvant être formalisés mathématiquement. Le NMD n’est pas non plus un NMS (nouveau modèle de société), il ne s’agit pas de remettre en question les choix contenu dans le contrat social qui nous lie (la Constitution de 2011).  
Le NMD doit reposer, d’après notre lecture, sur trois piliers compatibles qui assureront son équilibre et son succès: le politique et la gouvernance, l’économie et la qualité de vie, la culture et civilisation.

Des choix politiques immuables accompagnés d’une bonne gouvernance:

Pour l’ensemble des marocains la Constitution de 2011 a acté le choix d’un Etat de droit respectueux des droits de l’homme tels qu’internationalement reconnus. La citoyenneté du marocain se décline à travers le respect de ses droits politiques, économiques, sociaux et culturels, constitutifs de sa dignité et de son identité. Le niveau d’éducation du citoyen au Maroc lui donne le droit d’aspirer à un changement de paradigme quant à sa relation avec l’Etat, d’un sujet votant, à un citoyen participant à l’édification de son devenir. 

Le citoyen est demandeur d’une démocratie participative. Ce souhait exige un changement de gouvernance pour améliorer la gestion et les performances de nos institutions du niveau local jusqu’au niveau national. La bonne gouvernance de l’administration n’est pas une notion floue, elle a aujourd’hui un contenu qui se décline en principes pour la plupart mesurables.

Citons parmi ces principes l’organisation d’élections libres à travers lesquelles le citoyen exerce son droit de choisir et sanctionner les élus sans contraintes ; la disponibilité des services publics, rendus dans des délais raisonnables et adaptés aux besoins ; une utilisation optimale des ressources financières publiques suivie le cas échéant de contrôle et d’audit ; publicité et transparence des décisions publiques ; bannissement des conflits d’intérêt et de la corruption ; formation et mise à disposition de ressources humaines formées et adaptées aux missions exercées, pilotage ouvert aux innovations dans le management du service public ; inscription de l’action des administrations dans la durée avec adoption de programme pluriannuels ; attention particulière accordée aux citoyens en situation de précarité ; enfin pour terminer la reddition des comptes avec des sanctions éventuelles à hauteur des fautes commises. L’application de ces principes, il va sans dire, doit baigner dans un environnement où le Parlement et la Justice remplissent convenablement leurs rôles.

Une économie dynamique assurant une bonne qualité de vie :

Imprimer une nouvelle dynamique à notre économie passe, de l’avis général, par le bannissement de toutes formes de rentes, de passe droit, la construction d’un nouveau modèle basé sur le marché et la libre concurrence, l’appropriation/valorisation des territoires. Le tout encadré par l’Etat de droit et les instances de régulation. 

Le Maroc affiche son ambition d’économie ouverte tout en croyant pouvoir garder son vieux système de rente, ce n’est plus possible. La croissance est tributaire de la mise en place de règles de marché nouvelles où emporte la mise le plus performant, où nos avantages comparatifs seront mis en avant et les investisseurs locaux et étrangers seront traités à pied d’égalité. C’est l’unique moyen de libérer les énergies innovantes, de mettre en place des nouveaux secteurs économiques créateurs d’emplois et de richesses. Ces dernières vont contribuer à travers une politique de redistribution appropriée à assurer au marocain l’accès à un enseignement, un habitat et des services de santé de qualité.

Une bonne politique de redistribution va permettre aussi d’accroître nos richesses à travers une appropriation/valorisation de nos territoires qui ont besoin d’être désenclavés, équipés et inscrits dans l’échange économique et commercial autour de villes bien gérées et attractives. Le temps de la verticalité et de la sectorialisation à partir d’un centre est révolu, il faut que chaque région identifie sa vocation, profite de sa proximité de la ressource et développe des politiques intégrées et coordonnées. Le développement inclusif des personnes passe par les territoires.

Une richesse culturelle mieux valorisée à même de marquer notre empreinte civilisationnelle:

Les origines multiples de nos cultures : arabe, amazigh, hassani, morisque font du Maroc une terre de brassage de cultures et de tolérance. Faisant de ce mélange une richesse et les éléments d’une identité plurielle assumée. La reconnaissance de notre diversité culturelle ne doit pas se limiter au volet constitutionnel, elle doit se traduire par une visibilité et une prise en compte plus importante dans nos programmes scolaires et dans nos médias. Une meilleure inclusion de ces sensibilités culturelles plurielles et le réaménagement de l’ « impérialisme » arabe sont de nature à assurer une participation plus active de l’ensemble de la population à l’édification d’un Maroc nouveau « mieux dans sa peau » et à même d’affronter les défis futurs.

La disponibilité en masse de nouveaux moyens de communication vecteurs d’images et cultures différentes a fait que les marocains, surtout jeunes, sont en quête de nouveaux modèles sociétaux. Gageons qu’une croissance soutenue créatrice d’emplois, d’une école véhiculant un enseignement de qualité et une société où il fait mieux vivre, rétablira la confiance dans nos fondamentaux. Il n’y a pas que les jeunes, il y a aussi la femme qui doit faire l’objet d’une attention particulière surtout dans le milieu rural. 

Pays de géographes, de voyageurs, d’humanistes, de médecins et de conquérants, le Maroc avec ses villes, ses sites phéniciens et romains, son patrimoine écrit et oral, la richesse de sa musique, ses dinosaures et son Homo Sapiens mérite bien le détour. Une exploitation intelligente de ses atouts lui donnera une place de choix dans le patrimoine mondial.
La CSNMD dispose d’une bonne base de départ, formulons le souhait pour elle à nouveau de réaliser un document de qualité. 

Adnan Debbarh, Analyste politique.