Par Abderrahmane Lamrani

Une analyse rigoureuse de la stratification sociale qui a pris forme depuis plus de deux décennies dans notre pays parait nécessaire lors du lancement des jalons du Nouveau Modèle de Développement – NMD. Il ne s agit évidemment pas de revisiter ces classifications rigides et lourdes en termes de classes sociales, plus soucieuses de correspondre à un modèle théorique que de décrire la réalité dans toute sa complexité. 

Conscient qu’un travail d’envergure dans ce sens ne peut même pas être schématisé dans le cadre d’un spot aux dimensions nécessairement réduites, je me contenterais de soulever un point et d’enchainer par la suite par un questionnement d’une idée reçue et bien répandue au sein de la classes politique d’aujaurd hui. 

Le point concerne les classes moyennes. 

Je n’avance rien sous l’autorite des chiffres et des statistiques, mais je procède plutôt par la théorisation directe du réel. Partant de ce que je vois et j’observe quotidiennement ou « in a daily basis », force est de souligner que les sources ou la pépinière constitutives de la classe moyenne dans notre pays ont connu un shift énorme.

Ce n’est plus la fonction publique et ses rangs supérieurs qui sont pourvoyeurs ou mentors des classes moyennes comme cela était le cas par le passé. Les sources de la constitution des classes moyennes se trouvent ailleurs , et ce depuis plus de deux décennies : hautes sphères des professions libérales, commerce et moyenne entreprise.

C’est, me semble-t-il l une des raisons de ce phénomène tant décrié, a savoir le rétrécissement continu des classes moyennes. 

Ironie de l histoire, c’est exactement quand les bases de constitution des classes moyennes se sont effondrées côté fonction publique que l’action et l’activisme syndical se sont le plus affaiblis .

Le questionnement ,maintenant !

Il est une idée reçue qui veut que le développement soit toujours et en tout lieux tributaire du nombre, de la place et du rôle de la classe moyenne. Ça devient une panacée dans les discours politiques. Et l’on s’abstient de vérifier la véracité de l’assertion .

Or à y voir de près, l’on découvre aisément que la constitution de la classe moyenne n’est pas à elle seule une garantie suffisante pour le déclenchement de ce  » trickle down » ou « spilll over » (écoulement des bénéfices du progrès vers les marges inférieurs de la société). L’expérience démontre à notre insu qu’il faudrait qu’il y ait une corrélation forte entre le développement des classes moyennes (au centre) et l’amélioration du sort des classes pauvres( à la marge ). Et ça, ce n’est pas une une évidence de l’économie. C’est l’action de la volonté et partant, de la politique .

Gageons que le nouveau modèle de développement, attendu et espéré, saura joindre les deux bouts de l’échiquier social .

Abderrahmane LamraniPolitologue, Universitaire et ancien Député et Dirigeant de l’USFP. Il est membre du CNDH