La question centrale demeure de savoir si le Maroc est un Etat libéral.  
Dans la négative, l’autre question qui coule de source est de savoir si le Maroc pouvait être un Etat libéral.

Avant de répondre à ces questionnements, interrogeons-nous sur ce que c’est que le libéralisme. Le vocable sous-tend dans son radical la notion de liberté, valeur chère aux libres penseurs du siècle des lumières ( du 16ème jusqu’au début du 19ème ), qui voulaient, en assoyant le règne de la raison affranchir l’homme des forces occultes, de l’obscurantisme et de l’ignorance. 

A partir du 19ème siècle, ce qui avait été un courant philosophique s’est développé pour devenir une idéologie politique et une doctrine économique. 

Au niveau politique, le libéralisme renvoie à la démocratie libérale, par opposition à démocratie populaire et au niveau économique, il renvoie à l’économie de marché et au libre échange ( free trade) par opposition à l’économie planifiée (type gosplan soviétique).

Force est de rappeler que le libéralisme ne peut se concevoir sans la démocratie, qui en représente le socle, de même que cette dernière ne peut aboutir sans son ressort, la modernité. 

Certes, le Maroc a engagé depuis deux décennies des réformes sectorielles tout azimut visant la moralisation de la chose publique, par la mise à niveau de l’appareil de l’Etat. Cependant, il reste au Maroc beaucoup de chemin à faire pour forger cette fois une élite aussi bien politique qu’économique, une élite éprise des valeurs de liberté, de droit, d’équité et d’égalité des chances. En somme nous avons besoin d’une élite libérale avant-gardiste qui servirait de locomotive pour relever les défis de toute sorte auxquels est confronté notre pays et réussir le pari du développement économique et social. 

Je fais allusion ici à l’élite politique qui doit s’acquitter convenablement de sa mission constitutionnelle à savoir l’encadrement des populations pour véhiculer les nobles valeurs de civisme et de l’amour de sa patrie, animant par là même le champ politique. 

Les partis doivent cesser de demeurer de simples machines électoralistes, qui ne se réaniment qu’à l’occasion des consultations communales ou parlementaires. Ils doivent être porteurs d’espoir et de projets de société les plus appropriés pour le devenir de notre pays, avec des points d’étape pour moduler, corriger les imperfections- normales- du mouvement politique qui reste un mouvement d’hommes engagés pour aller toujours de l’avant, atténuant au passage la plaie de l’analphabétisme et des inégalités iniques. 

Je fais allusion aussi à notre élite économique, c’est à dire à notre bourgeoisie, que l’on voudrait une bourgeoisie nationale ; une bourgeoisie qui ne doit en aucun cas se départir de sa mission historique de levier de développement ; une bourgeoisie patriote non seulement soucieuse des ses intérêts bien compris mais encore plus jalouse de ceux de la nation à laquelle elle appartient.

En somme, une bourgeoise qui conduit le changement tant souhaité, comme l’avait fait avant elle la bourgeoise Européenne du début du 19ème qui a été le fer de lance du décollage économique et social en Europe. Une bourgeoise entreprenante, créative et engagée dans la mise à niveau de son pays par des investissements dans l’infrastructure et les projets structurants pour soutenir les efforts de l’Etat dans ces chantiers dont les effets d’entraînement bénéfiques sur notre économie ne sont plus à prouver. 

Le Maroc n’a pas besoin d’une bourgeoisie des aubaines  » hmizat  » qui ne cherche que les situations de rente et l’enrichissement illicite. Le dilemme que vit notre bourgeoisie aujourd’hui c’est qu’elle s’autoproclame libérale seulement quand cela arrange ses intérêts. Mais qui cesse de l’être dès lors qu’il s’agit de bénéficier toujours plus de la manne de l’Etat!

En conclusion, il ne faut pas confondre libéralisme, qui rappelons le, reste foncièrement une philosophie plus qu’une idéologie, et oligarchie ou ploutocratie qui sont la conséquence fâcheuse du libéralisme caricatural et du capitalisme sauvage.

Le cap est évident. Il suffit que l’élite libérale en fasse son point de mire et s’y emploie avec ferveur pour réussir cet examen de passage. D’un côté un pôle libéral avec le soutien d’une bourgeoisie patriote et de l’autre, l’appareil de l’Etat qui doit remplir ses missions de régulation, notre pays n’ayant pas encore accompli sa transition démocratique.

Mostafa Melgou,Chercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA