Par Marouane El Hajjaji El Idrissi

« Une association politique, industrielle, commerciale ou même scientifique et littéraire, est un citoyen éclairé et puissant qu’on ne saurait plier à volonté ni opprimer dans l’ombre, et qui, en défendant ses droits particuliers contre les exigences du pouvoir, sauve les libertés communes. » Alexis de Tocqueville

Souvent dans les médias, analyses et usage de langage quotidien, on utilise les termes (lobby, lobbying, groupe de pression…) pour désigner une influence externe sur la décision et la vie politique. Dans la culture française, et pour la plupart la conception rousseauiste de la démocratie, qui insiste sur la légitimité des acteurs désignés à gérer la chose publique, le lobbying est perçu comme étant un Hold-up de la démocratie par des groupes opaques qui œuvrent à phagocyter l’intérêt public sur leurs intérêts privés. En France, on désigne ces groupes par groupe d’intérêt, voir même groupe de pression pour ceux qui agissent activement à influencer la décision publique.

L’existence des Lobby n’est pas nécessairement une menace pour la démocratie, tant qu’ils sont reconnus par le système politique et régulés par une réglementation permettant de clarifier les relations entre les élus, décideurs publiques, bureaucratie et les groupes exerçant le lobbying ou le métier de Lobby. Aujourd’hui, la plupart des régimes politiques reconnaissent l’existence des lobby et essayent de réguler leurs activités; pour le reste de régimes qui sont dans la négation d’une telle activité politique, ils ne font qu’entretenir une opacité dans la gouvernance décisionnelle publique, car le lobbying est devenu une activité politique primaire dans tous les régimes. Du fait de la libéralisation des marchés et de la mondialisation, les acteurs privés se concentrent en groupements pour défendre d’avantage leurs intérêts devant les Léviathans que sont les Etats et le manque d’expertise des assemblées sur des sujets de politiques publiques de plus en plus complexe.

Ceci dit, L’usage du terme « Lobby » serait dans une perspective de compréhension du caractère « d’influence » de cet acteur politique. Il s’agirait donc, de dépasser la définition légale du Lobby, vers une conceptualisation dans un esprit de Sciences Politiques.

La terminologie du terme « lobby » désigne en français « Couloir », la première utilisation de ce terme dans la vie politique datait des années trente du 19éme siècle. Il s’agit donc des couloirs de la chambre des communes britannique, où, les groupes d’intérêts venaient convaincre les membres du parlement de leurs intérêts et de leurs causes. Aux États-Unis d’Amérique, il s’agissait des pièces de la Maison Blanche qui sont en accession libre pour les groupes d’intérêts. Il est à noter, que des tentatives sans succès, de remplacer le mot lobbying par un terme plus français : démarchage, vestibulage, couloirage, influençage, influencement, ont été vouées à l’échec!

Pour NICOLE LACASSE, professeur à l’université de Laval, le terme « lobby » signifierait en français « groupe de pression ». Il ajoute que le terme ‘’pression’’ ne doit pas être confondu avec corruption, mais cela signifie « une collectivité rassemblée pour défendre un intérêt commun et jouissant d’un pouvoir, d’une force de pression sur le gouvernement ». En somme, la définition du terme lobby, ne diffère pas de la définition de « groupe de pression » dessinée par GROSSMAN « un groupe de pression est défini comme une entité organisée qui cherche à influencer les pouvoirs publics et les processus politiques dans un sens favorable à ses intérêts sans pour autant participer à la compétition électorale ». Ceci étant cette définition ajoute le caractère de non-participation aux élections. Ce caractère n’est vrai semblablement pas une règle applicable à toutes les situations, d’autant plus que GROSSMAN ne spécifie pas la nature de la participation à « la compétition électorale» .

Le lobby est une structure qui peut être constituée de tout organisme « Entreprises, Syndicat, Corporation, citoyen » à condition que son activité soit à but non-lucratif. Le plaidoyer et le faire valoir des intérêts ou d’une cause, auprès des décideurs publiques sont la seule motivation. Ainsi pour NICOLE LACASSE, la nature juridique ou structurelle importe peu dans la définition du « lobby », tant Le fait que-ce-soit des individus ou des organismes sans but lucratif qui agissent pour faire pression et influencer la décision publique.

En outre, le terme « Lobbying » désigne le verbe qui indique le déroulement d’une action, c’est la pratique du « lobby ». En général, on retient deux conceptions de la définition du terme « lobbying ». D’une part une conception minimaliste, faisant le restreint du lobbying à un démarchage et sollicitation des membres du parlement dans un souci d’influence de leurs décisions ou pour amender une loi. D’autre part la conception maximaliste, s’étend à la définition du lobbying, incluant toutes les techniques, outils, et stratégies utilisées pour faire pression et influencer la législation et la décision publique. Il est sans le rappeler, que le terme lobbying est perçu d’une manière péjoratif en France, d’ailleurs même au Maroc, nous héritons de cette culture de perception négative du terme « Lobbying ». Ceci-étant, plusieurs organismes exercent le lobbying, mais ils identifient cette activité par un vocabulaire différent « affaires publiques, relations publiques et gouvernementales, représentation d’intérêts, relations institutionnelles, communication politique ».

D’ailleurs au regard des perceptions du « Lobbying », il est à remarquer que les américains ont un regard à la fois maximaliste et moins réservé. L’association américaine des lobbyistes « American League of Lobbyists (ALL) », apporte une définition plus exhaustive du lobbying incluant tout groupe et personne portant un intérêt à défendre, voir même l’Eglise gouvernement étranger, collectivité locale, Etat « state ». Aux yeux d’ALL, le caractère lucratif n’est pas essentiel à la définition de l’activité du lobbying.

En outre, d’autres éléments du lobbying, incluant la recherche et l’analyse des propositions législatives ou réglementaires ; la surveillance « veille législative et réglementaire », les rapports sur les développements, assister à des audiences du Congrès et du Sénat; travailler avec les coalitions « partisanes et politiques »; et puis sensibiliser et convaincre non seulement les fonctionnaires de gouvernement, mais aussi les employés et les mandataires sociaux sur les implications de divers changements. Ce que la plupart des laïcs considèrent comme le lobbying – la communication réelle avec des responsables gouvernementaux – représente la plus petite partie du temps d’un lobbyiste. En fait une proportion beaucoup plus grande est consacrée aux autres aspects de la préparation, de l’information et de la communication.

A l’instar du regard américain, la perception française de l’activité du « lobbying » est plus restreinte et moins exhaustive. Nous notons comme exemple, la définition de l’Association Française du Conseils et du Lobbying « Le lobbying consiste à représenter et défendre les droits ou intérêts des entreprises, associations ou collectivités, à travers une information rigoureuse, vérifiable et réciproque, auprès d’organismes privés ou publics susceptibles de prendre des décisions affectant ces intérêts ou droits».

Par ailleurs, l’environnement institutionnel, politique, bureaucratique et médiatique américain est complexe. C’est dans ce sens que l’activité du lobbying s’est professionnalisée et l’on voit ainsi, l’apparition des « Lobbyistes ». Il s’agit de toute personne, mettant en service d’un organisme ses compétences, ses connaissances, son réseau pour défendre et représenter leurs intérêts auprès des instances, autorités, et élus.

Il est indéniable que toute politique publique est le produit d’une lutte politique entre différents acteurs sur la scène politique. Si l’on s’intéresse d’une manière politiste, à une politique publique, il est nécessaire de prendre le temps d’étudier la Mise sur agenda de cette politique. En cela, il nécessaire de reconnaître l’action de lobbying et de considérer leurs poids dans la prise de décision publique et la formulation des politiques publiques.

Marouane El Hajjaji El Idrissi, Titulaire d’un Master en Sciences Politiques et actuellement Doctorant en Sciences Politiques. Après une première expérience professionnelle dans les Affaires Publiques et Lobbying en tant que Consultant, il a rejoint un Think Tank au titre de Chargé d’étude. Actuellement, Responsable de la Coopération Internationale et Partenariat dans une Organisation Politique. 
Côté engagement, il dirige l’association
Moroccan Millennium Leaders qui oeuvre à promouvoir le leadership de la jeunesse Marocaine.